Ils en ont dit

L’ÉDITEUR ET LE POÈTE

Sa silhouette est élancée et son pas allongé appartient à ceux qui arpentent le monde et la vie avec une curiosité toujours renouvelée. Enthousiaste, attentif, avide de tout connaître, de tout apprendre, Michel Cliquet est pourtant d’une nature réservée, taciturne, presque silencieuse. Sa capacité de travail est intense. Son goût de l’exactitude le pousse à étudier l’architecture, le paysagisme, l’informatique. Ses talents artistiques dirigent sa pensée vers l’écriture. Il écrit des poèmes, des contes et des nouvelles qu’il publie avec une fougueuse et régulière détermination.

En 1992, il obtient une Médaille d’Or de Poésie de l’Académie Wallonne des Arts. Membre de plusieurs associations littéraires, il est aussi fondateur et animateur des Éditions de l’Acanthe, a été collaborateur aux éditions de l’Arbre à Parole, ainsi qu’à d’autres revues. On le voit d’emblée, Michel Cliquet a l’esprit tourné vers l’essentiel, l’imagination féconde, les mains laborieuses. Pour lui, le mot “loisir” n’a de signification que dans le fructueux. Le chemin qu’il suit n’est pas celui de la facilité, mais bien, comme il l’annonce dans ses écrits, celui de la rigueur sous l’apparence de la fantaisie. Le titre de chacun de ses recueils en est le témoignage : « Missive buissonnière », « Aux horizons du dire », « Le verbe et la réplique », « Il chevauchait l’aurore »…

Georgette Purnôde
in LA LIGUE WALLONNE

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LE SÉLÉNITE ERRANT

Réminiscence de Georges Fourest ? Non point ! C’est ici, croyez-moi, et dès la première page, lieu de dévoration… Disparaissent sans retenue virgules, tirets, signes exclamatifs, toutes les béquilles enfin, de la ponctuation. Vous apprendrez comme on respire. L’entrain s’offre des sautes qui précipitent une scène, et d’un trait à une réflexion font l’économie de ces passages suspendus auxquels l’écrivain se croit trop souvent obligé. Les apartés eux-mêmes bondissent dans le courant. Cascade, le mot paraît sous la plume de l’auteur.

Un propos en tête des moments qui vont être contés, inscrit l’événement sous emprise, l’aléa est aussitôt nié et le personnage entré de plain-pied après vingt lignes en a l’obscure prescience ; il s’interroge, mais il s’attend à ce qui doit venir. Liberté entre des balises, attente initiatique, accueil. On ne peut parler d’un héros, il n’a pas vraiment le choix. L’intérêt n’en souffre en rien, le parcours constamment vivifié, rafraîchi, nourri. Finesse et force mêlées à travers mille notations, succulence de la terre, de sa floraison, la récolte dans la foulée d’une course tour à tour haletante et ralentie. Mais il n’est pas sûr qu’on ait bien vu. L’enchanteresse apparue bientôt et qui mène l’équipée à l’étonnement émerveillé de l’homme qu’elle annexe en quelque sorte, avive en même temps la prise de son compagnon. Cependant, n’est-il que d’étreindre, de poigner ? La portion d’univers qu’ils tiennent du regard et des mains leur appartient-elle sans réserve ? Accaparement humain, mais à quoi correspond-il ? L’avant-propos a précisé la relation : … à l’image de son dieu l’homme crée le monde et l’homme crée l’homme et pour cela l’homme est dieu… Exaltation prométhéenne.

À tant frémir, les chairs aiguillonnées se rejoignent, on jure de ne rien dire. Pas d’autre témoin qu’un ange dont le commentaire tempère plutôt qu’il ne guide, mais jette quelque lumière où l’ombre pourrait noyer les plans. Le lecteur se donnera la patience d’attendre. Les protagonistes, séparés par l’été, se retrouvent à l’équinoxe. Ils passeront une semaine hors du temps ; on saura sans doute le champ de leurs pouvoirs, leur liaison à la durée, à l’espace, aux forces universelles, en un mot leur condition.

Risque évident, l’ange s’en est avisé. Le couple emporté par l’ascension vers la sphère des symboles pourra-t-il départir ce qui vient de mystères qui le dépassent et des méandres toujours suspects d’un langage appris malgré soi ? Du témoignage donc, à l’instruction, mais comment faire entendre l’indicible ? Spectateurs, ils le sont, et sensibles, enveloppés, induits, émus l’un de l’autre, manifestés réciproquement dans leur singularité et leurs attractions, à subir de toutes leurs fibres l’immense imprégnation cosmique… Pages d’un magnétisme impressionnant. Les rapports ordonnateurs affleurent-ils pour autant à la conscience ? L’ange intervient. Et l’Unité, la Dualité, la Quadrature qu’il fait sourdre du sein des choses et des mouvements donnent des repères, sinon le sens. Le numérologue ne plaque pas ses réseaux sur le monde, les structures surgissent du dedans de ce qui est. À savoir Huit, Seize, ensuite Trente-deux et Soixante-quatre, rien ne sera perdu de la multiple splendeur.

Accomplissement au septième jour, révélation dans l’Un qui se reforme. Dissolution des liens, recomposition. Au filtre numérique, la puissance vitale s’est magnifiée. Michel Cliquet a soutenu un récit qui ne doit rien à l’anecdote et qui n’a rien sacrifié des péripéties qu’il engageait. On situe ceux qu’il a nommés, irréductible battement, inépuisable mouvance qui ne connaît pas de rives.

Écriture sans défaillance, dans le ténu comme dans l’inouï. Et la Lune ? Anthropophage ? ? Vous seriez bien cruels de ne pas vous en inquiéter, de ne pas faire qu’elle se voile, en lisant le texte… !

Jacques Oriol (†)
préface pour LA LUNE ANTHROPOPHAGE

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LE SYMBOLISTE

Michel Cliquet m’a amusé d’abord, mais, à la réflexion, il m’a profondément intéressé. Je dirai tout de suite le mal que je pense de son essai de cosmogonie aromatique : c’est qu’il est aussi effervescent que le Zola des énumérations éblouissantes, aussi minutieux que le Proust des introspections sinueuses, aussi touffu que le Bernardin de Saint-Pierre des verdoyances ondoyantes, aussi habile en ses transpositions érotiques que l’écrivain inconnu (oserais-je dire Salomon ?) du Cantique des Cantiques. Et il me donne de surcroît l’impression, comme ces auteurs un peu trop précieux, que son héroïne sort d’une mythologie nouvelle, accordée à la fois à l’Ardenne, à Shakespeare et à La Flûte Enchantée, c’est-à-dire à une façon de présenter l’initiation aux techniques de domestication des puissances cosmiques inhérentes à l’être humain comme un songe de nuit d’été, fût-il préparé d’un équinoxe à l’autre, et durât-il le temps de la semaine de la Genèse ou, comme l’écrit Michel Cliquet, d’une semaine de mille siècles.

L’Ange Raziel est un peu hâbleur, qui nous assure d’entrée de jeu que vos rencontres sont inscrites en vous depuis longtemps depuis toujours elles sont gravées en vous dans l’intimité de vos chromosomes il vous faut accoucher d’elles tôt ou tard : je n’ai pas rencontré Titania pour ma part, car il faut être l’Empereur Jaune ou Pic de la Mirandole pour arriver à de telles bonnes fortunes, je veux dire pour atteindre à ce septième ciel de l’initiation par la connaissance des vertus et des dominations célestes qui peuplent les très riches heures des alchimistes de la régénération mystique.

Mais ma méchanceté s’est déportée trop loin : la lune magique de ce roman se révèle anthropophage, et c’est, en fin de compte, là qu’aboutit l’anthropogénèse de Gros Nibalour, qui se trouve Gros Jean comme devant après l’immersion de sa mystagogue dans les eaux mystérieuses et sans voix où elle s’abîme, chevelure comprise, ne laissant plus après elle que l’idée de l’ombre de ce rêve flottant ce soir-là sur les brumes de l’étang où tout était accompli devant derrière autour avec par pour malgré en et tout compte fait sans Gros Nibalour qui émergeait lentement de la torpeur de son rêve avec la main pesante des maladroits à qui les aventures ne peuvent arriver qu’en dépit de leur rumination de bovins, poursuivant de leurs yeux languissants et superbes le songe intérieur qu’ils n’achèvent jamais. Et ce “jamais”, Gros Nibalour a dû le promettre à Titania lorsqu’elle lui imposa cette loi qui est la sauvegarde des initiés véritables : jure-moi que tu ne parleras de moi à personne. En sorte que ce bavard soliloqueur, au bout de son récit informulé qui, une fois n’est pas coutume, eût été un beau récit, conclut, en étant devenu un autre lui-même et en scrutant le monde qui l’environnait d’un regard interrogateur : mais puisque j’ai juré de ne jamais rien dire.

Somme toute, c’est ce Gros Nibalour qui a initié Titania. Il est plus âgé qu’elle d’un quart de siècle ; il n’a que très peu changé en ses incertitudes, et sa compagne ne lui a apporté qu’un pauvre message adressé à une rainette : tout ce qui me reste d’elle est en moi tu comprends… et cela ne va pas plus loin. Il a été dévoré par la lune en mangeant avec elle ses deux lycoperdons géants, et son érotisme n’a pratiquement pas progressé d’un pouce, car c’est Titania qui en profite et non pas lui. Elle se sent illuminée telle une jeune vierge vêtue de la robe de linon blanc que le sacrificateur emmène comme une colombe sur l’autel de l’anéantissement pour répandre sa pureté sur la surface de la terre et offrir aux dieux en signe de retour l’image du fruit de leur bonté et de leur puissance au moment de disparaître.

Voici où le livre de Michel Cliquet me fait réfléchir. Titania, c’est la lune qui se nourrit des hommes, et Gros Nibalour, qui m’avait fait penser, je ne sais pourquoi, aux Niebelungen, représente assez bien, finalement, ces nains émanant de la terre, qui ne sont pas les mieux doués mais qui abattent la besogne terrestre très consciencieusement. Dans l’astrologie, où la terre n’est presque jamais prise en considération, il n’y a que le Verseau où l’on puisse la trouver actrice, et c’est précisément l’être humain, masculin de surcroît, qui symbolise ce signe. L’homme, disent les Égyptiens, se définit comme la végétation de la terre. Le vœu primordial de Gros Nibalour se consomme par l’évanouissement dans le gyroscopique giron de sa déesse mère : qu’est-ce sinon la terre en sa rotation ? Je sens bien que l’on va m’objecter que les pages du roman où s’épanchent ces développements lyriques relèvent plus d’une certaine pataphysique que de la métaphysique savamment élaborée. Je me permets de glisser cette perfidie, car Michel Cliquet s’en permet bien d’autres dans ses raccourcis brutaux et terre-à-terre quand il sent que Lamartine pointe le bout de l’oreille. Il a même supprimé toute la ponctuation pour faire bondir son lecteur comme un homard rougi dans le court-bouillon de son style saccadé et presque cynique par endroits. Mais il n’en demeure pas moins que l’auteur s’essaye à composer une œuvre profonde, où l’érotisme prend des allures ésotériques, et où Titania, avec une ingénuité retrouvée, se conduit à l’instar des courtisanes sacrées de Babylone, enseignant à Gros Nibalour cette sorte d’extase éruptive qui fait la texture du Tantrisme hindou et de bien des sciences infuses répandues parmi les nombreuses civilisations archaïques, que l’on nomme primitives en ce temps de brutes imbéciles où nous vivons.

Une dernière observation m’a frappé, à propos de ce duo érotique très méticuleusement retranscrit en termes de paysages naturels. C’est que Titania se comporte en “mâle”, et Gros Nibalour en “femelle”, selon une inversion déjà signalée par Giraudoux dans « La guerre de Troie n’aura pas lieu », à propos de Pâris et d’Hélène. J’en conclus que Titania est une figure masculine de la terre, c’est-à-dire son pouvoir de comprendre l’être humain qu’elle a créé, cependant que Gros Nibalour est une figure féminine de l’homme, à savoir la capacité de création que la terre a développée dans cette humanité même. On pourrait encore ajouter que Gros Nibalour apparaît comme un introverti solitaire, qui s’isole dans la forêt pour écrire, tandis que Titania qui adore la nature, la lecture, les aventures, raconte avec volubilité les événements des derniers jours, la visite des amis, ses projets pour le mois de juillet au bord de la mer, alias tout le salmigondis dont s’alimente l’extraverti qui ne supporte pas de rester seul. Alors je crois ceci. Ce n’est mie la lune, figure féminine du Yin taoïste, que Titania représente en son anthropophagisme de courte durée, mais la terre elle-même, laquelle avale l’homme qu’elle a produit. À moins que Michel Cliquet ne se soit amusé à nous en conter une bien bonne, en nous avertissant, par l’image du triangle noir emprunté à Pierre Albert-Birot, qu’il allait nous éclairer par l’aveuglement en nous donnant entre les mains un désir sans mains au lieu du désir centripète aux mains souples, auquel cas chaque instant de l’entreprise humaine, trop pressée d’aboutir sans l’effort des millénaires réels, se lit véritablement au bas du colosse aux pieds d’argile qui s’exalte en nous, en nous faisant croire que nous sommes comme des dieux : nous sommes des dieux, à la manière de la fin d’un monde explosant dans les espaces.

André Delay (†)
postface pour LA LUNE ANTHROPOPHAGE

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L’ALCHIMISTE

Cet ouvrage sans ponctuation, sans paragraphes, peut, dans un premier temps surprendre le lecteur. Souvenons-nous que Guillaume Apollinaire s’était déjà fait l’apôtre d’une telle manière d’écrire. Ainsi construit, ce texte est un véritable flot d’écriture. Il fait penser à Lautréamont ou à Louis-Ferdinand Céline. Oui, il s’agit bien d’un chemin initiatique car 7=1 et l’homme n’est-il pas un dieu déchu (l’ange de Lamartine) ? Michel Cliquet nous rappelle que la Création est sans cesse en construction.

À l’image de l’Être Suprême, l’écrivain crée sans arrêt et le texte s’écoule comme une rivière parfois torrentueuse. C’est une vaste méditation, l’approche du monde intérieur, l’approche du divin, d’où découle une connaissance réelle. Ce livre est aussi le triomphe de l’Amour qui construit. Michel Cliquet nous le dit par la bouche de l’Ange Raziel : … quelque chose avait encore à mûrir en chacun d’eux ils avaient à défricher encore et préparer le terrain à bâtir pour accueillir les fondations du temple qu’ils allaient édifier l’un par l’autre l’un pour l’autre l’un dans l’autre…

L’arrivée (temporaire), le degré atteint sur la spirale d’énergie (échelle de Jacob), puis le départ (l’absence) quand tout semble perdu mais en fait ne représente qu’un instant de repos car la conquête spirituelle se poursuit. Nous constatons alors la relativité du temps et voyons bien sa dimension subjective. Écoutons encore l’Ange : … elle revient comme elle l’avait promis pour passer avec Gros Nibalour une semaine hors du temps qui elle le pressentait allait être une semaine de mille siècles… L’alchimie est reine. En effet, il y a séparation puis retour de Titania, l’élément féminin, l’âme, l’être intérieur qui se glisse à nouveau dans le corps.

Michel Cliquet transcende avec un énorme talent l’amour physique et nous fait vivre une transsubstantiation. C’est la connaissance de soi par l’abandon à la recherche de soi dans la voie de l’Amour, la voie humide, la plus belle mais aussi la plus longue dont il convient de ne pas s’écarter sous peine d’avoir à tout recommencer à l’instar de Sisyphe hissant son rocher.

L’auteur expose la dualité du monde. Le cinquième jour prouve qu’il existe une clé : l’amour par lequel on passe de la matière à la spiritualité. Mais c’est Titania qui a atteint la Connaissance parce qu’elle est l’Âme, la fiancée alchimique et quand l’âme triomphe, l’enveloppe charnelle s’efface. C’est là le secret et secret parce que intransmissible. Ce but atteint, il n’y a plus rien à dire. Seuls les chemins qui y mènent peuvent être suggérés.

Ce livre est un superbe poème ésotérique. Des ouvrages de cette qualité sont très rares. Il faut absolument le lire et le relire, pour en assimiler les qualités littéraires et spirituelles.

Gil Roc
à propos de LA LUNE ANTHROPOPHAGE

“Un récit dont nous aimons particulièrement l’esprit de fantaisie qui va loin, l’humour, l’invention langagière… écriture très personnelle dans le rythme, le ton, les images… certes un des plus attachants, des plus beaux et curieux textes que nous ayons lus depuis longtemps.”

André Miguel (†)
à propos de LA LUNE ANTHROPOPHAGE

“Ce texte fleuve de Michel Cliquet, sans l’ombre d’une ponctuation, réussit la gageure de rester lisible d’un bout à l’autre. Ce n’est pas d’hier que l’auteur écrit beaucoup et dans les formes les plus diverses. C’est une lecture qui demande et mérite l’attention…”

Paul Van Melle
à propos de LA LUNE ANTHROPOPHAGE

“C’est très plaisant à lire en dépit de la gageure (très bien tenue d’un bout à l’autre) de rejeter les alinéas et de ne pas ponctuer du tout. L’amour tel qu’il est vécu ici demeure d’une sublime beauté par son onirisme enchanteur. Il ne déçoit jamais car il se présente dans les temps cruels de notre actualité planétaire comme une lecture vivifiant le désir d’amour et le provoquant même… On retiendra que cette osmose de l’homme et de la femme avec la nature rappelle nos origines en nous ramenant à l’humus de la terre dans une étrange fusion cosmique et explosive de la volupté…”

Daniel Torrent
à propos de LA LUNE ANTHROPOPHAGE

“Poète de long souffle et de passion, l’auteur reconstruit sans cesse depuis le début de son écriture une cosmogonie intérieure, celle de l’amour… Un érotisme non déguisé se souvient à la fois de Pierre Albert-Birot, de Rabelais et de certains enseignements extrême-orientaux… Chemins initiatiques ?”

Luc Norin
à propos de LA LUNE ANTHROPOPHAGE

“Une source qui s’épanche, un cœur qui bat, qui se débat… C’est écrit avec fluidité, mais aussi avec netteté. Un rêve éveillé ? La nuit qui se fait jour ? La phrase (interminable) happe le vide, s’élève en cascade, s’envole, s’étoile, s’évapore, revient en finesse et en force… Michel Cliquet doit avoir des ailes dans la tête…”

Dominique de Wespin (†)
à propos de LA LUNE ANTHROPOPHAGE

“L’absence complète de ponctuation ne gêne aucunement la lecture. L’analyse de l’auteur use d’une écriture fluide, compréhensible, à laquelle il est facile d’adapter son propre souffle ; elle se lit avec plaisir, d’un seul trait… Un livre qui ne ressemble à nul autre et que les curieux voudront explorer pour trouver si l’érotisme rejoint l’ésotérisme. Mystère de l’Univers, opposition du macrocosme et du microcosme, chacun choisira sa propre formule…”

Michèle Pichery
à propos de LA LUNE ANTHROPOPHAGE

“Ce parcours entre prose et poésie présentait des risques, dont le moindre n’était pas de s’enliser, d’un côté dans l’anecdote, de l’autre dans le discours. On ne peut pas dire que l’auteur ait perdu son pari, et le lecteur qui aura surmonté la difficulté d’un voyage sans signes-repères aura la satisfaction d’avoir découvert une œuvre qui ne manque pas d’originalité.”

Roger Cantraine (†)
à propos de LA LUNE ANTHROPOPHAGE

“Un érotisme non déguisé donne sa force au recueil… De nature foncièrement romantique, il signifie que l’autre n’est pas vécu en tant qu’individualité, mais plutôt comme pur reflet de mon propre amour. Le serpent qui mord sa queue. Par l’assomption des genres littéraires (poésie ? nouvelle ? roman ?), par le caractère novateur de la forme, par la fécondité du langage et la luxuriance des thèmes, Michel Cliquet a su traduire ses respirations et ses fièvres.”

Jean-Luc Dubart
à propos de LA LUNE ANTHROPOPHAGE

“Un écrit dont le charme tient dans l’habileté de la description et les élévations poétiques. Le récit s’élabore autant par l’écriture que par le sens, un sens qui garde un certain mystère. Mais le mystère n’est-il pas dans la matière elle-même qui en constitue la trame ? Livre érotique ? Oui, mais l’érotisme n’est pas une fin, il se présente comme une voie…”

Barbara Flamand
à propos de LA LUNE ANTHROPOPHAGE

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L’AMOUREUX DES MOTS

Amoureux des mots, Michel Cliquet ? On s’en rendrait compte à la seule lecture de ces « jolies trouvailles » que sont tournevie et tourneventre. Mais il me faut bien ces guillemets pour oser produire cette qualification de « jolies trouvailles ». Car que serait un amoureux des mots s’il n’était qu’un rassembleur, un collectionneur de jolies trouvailles ? Il naîtrait bien de cette confrontation de mots une jolie petite musique du hasard, mais la gratuité aurait raison assez vite du charme. Ce n’est pas, me semble-t-il, le cas ici, parce que les mots, se rencontrant ainsi, fouillent, creusent, écartent et se font à force éclairage d’un sens inédit, porteur d’interrogations. Ainsi, je ne suis pas sans me demander si, pour en rester aux deux exemples cités, cette tournevie et ce tourneventre possèdent, comme leur confrère linguistique le tournevis, la possibilité de tourner vers la gauche et vers la droite, de faire et de défaire. Sans doute, mais nous touchons là au miracle de l’invention poétique, les deux simultanément, ce qui fait que ces corps-sables sont à la fois emportés (de la page ?) et déposés par la marée : pas une chose après l’autre mais l’un et l’autre dans un même temps, dans le temps unique du poème :

corps-sables emportés / que la marée dépose

Dans l’espace du poème, les choses ne s’opposent plus à leur contraire. C’est la leçon de Paul Éluard : La terre est bleue comme une orange. Jamais une erreur ; les mots ne mentent pas. Être amoureux des mots, ce n’est donc pas seulement en inventer de jolis, mais s’inventer en eux, en leur accordant toute confiance de nous dire eux-mêmes à travers eux. Les mots, si souvent pervertis en instruments de mensonge, comme le rappelait encore récemment Michel Defgnée, peuvent aussi fonctionner comme un révélateur d’une vérité qui nous resterait inconnue sans eux. C’est ainsi que je perçois la quadruple répétition de Si tu me dis. Une parole qui, pour conditionnelle qu’elle soit, est un moteur de vie dans les réactions qu’elle provoque.

si tu me dis bouche / je serai souche

La réaction provoquée par les mots se situe au niveau de l’harmonie des sons, qui entraîne une harmonie des sens. La rime est débarrassée de tout caractère de gratuité et c’est la vie elle-même qui le prouve. La bouche et la souche deviennent indissociables. C’est faire confiance aux mots que d’ainsi sceller son avenir à la parole qui le détermine :

si tu me dis limite / je serai l’infranchissable / au point du jour / jamais éteint

La réaction provoquée se situe cette fois au niveau de l’harmonie des synonymes et des contraires, apanage du poème. Ainsi la parole provoque une adhésion qui suscite son propre dépassement, qui fait franchir son miroir. Je peins l’ombre de ma vie dans l’ombre des mots que tu me dis. Je peins le soleil de ma vie dans l’ombre des mots que tu me dis. Si tu me parles de limites, je suis l’infranchissable. Si tu me parles de limites je suis le franchissable, puisque par ta parole je franchis l’éteignement quotidien du point du jour. Il y a quelque chose de merveilleux dans cette strophe : une manière de correspondance “terme à terme” (limite/franchissable) et union “terme à non-terme” (au sens de ce qui n’a pas de terme : point du jour/jamais éteint) :

si tu me dis goutte de sang / je serai perle suave

Le pouvoir d’unification de la parole prend place cette fois sur le plan d’une harmonie entre les images, tant est clair cet appel de la goutte de sang à la perle. La réponse de l’image n’est pas seulement l’établissement d’une ressemblance, le cousinage évocateur d’objets proches, elle est réelle transfiguration. L’image n’est pas seulement là, posée pour faire miroir, elle pousse dans le dos, elle pique de son aiguillon : si tu me dis… / je serai…

si tu me dis escale / je suspendrai le temps

Dernière impulsion de la parole, qui vient interrompre la série des trois premiers je serai… pour un je suspendrai. La réponse est cette fois exprimée au moyen d’un verbe résolu, ferme, quoique vivant de son double sens, je suspendrai le temps : je l’arrêterai un instant (merveille : comment peut-on suspendre le temps un instant, puisque, le temps suspendu, il n’y a plus d’instant ? En écrivant de la poésie ?), je l’accrocherai au rameau de l’olivier. Voilà l’amoureux de mots, le vrai, celui que le mot fait vivre. Celui qui, pour vivre, réclame les mots : dis-moi, celui qui les interroge et leur silence : que dis-tu quand tu te tais.

Amoureux, amoureux des mots : y a-t-il seulement une différence, ou suis-je en train de franchir le pas de les confondre avec trop d’intrépidité ? J’avoue que je ne peux m’empêcher de lire ces pages comme une longue, une presque lente déclaration d’amour à l’écriture. L’évocation (l’invocation !) de la page blanche, ma douce, y est sans doute pour quelque chose aussi. La femme, l’écriture, la femme ou l’écriture, la femme et l’écriture, la femme dans la grâce de l’écrire, l’écriture dans la révélation de l’amour. Les allusions, les dévoilements d’affinités parcourent le texte comme une trame secrète.

… / tu attends ma main / et m’offres ta virginité / feuille posée sur mes hivers, / écume à la jointure des lèvres, / plage affamée de fugitives empreintes, / écran des nuits sans lune, sans étoile et sans arbre… / te perdre sans t’avoir possédée / me perdrai-je avec toi ? / tu poses un mot sur chacun de mes cheveux / un baiser sur chacun de mes ongles / ton souffle sur ma langue

Si l’on poursuit la rencontre dans le poème de la femme et de l’écriture, il faut alors voir un semblable amour offert à l’une et à l’autre et c’est ainsi que le poète, déflorant la virginité offerte de sa page blanche, vit de l’érotisme partagé avec l’écriture.

mes mains sont pour tes yeux / mes mots pour ton ventre / ma plume pour ton entre-forêt / … / je me purifierai dans ta rivière offerte / elle en sera plus douce / lorsque je la boirai / dans ma paume

La femme, l’écriture : même combat, même amour ?

Amoureux des mots, Michel Cliquet ?

Amoureux tout court, amoureux de tout son long, amoureux de pied en cap…

J.-P. Marcipont

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L’ANTINOMIQUE

Diversité du style, variété des sujets : femme, page blanche, nature, sens et autres encore. L’écriture de Michel Cliquet révèle une sensibilité mêlée à une sensualité tempérée par la tendresse.

Les rapports exprimés entre homme et femme, entre l’humain et la nature sont révélateurs.

ta peau se rêverait humus après l’orage / si tu me dis bouche / je serai souche / enraciné dans tes humus

Je retrouve dans ces premiers vers les symboles souvent utilisés en peinture quand hommes et nature engendrent des hybrides et ici le champ est vaste, de Bosch à Magritte.

À propos de bouche et de souche qui se répondent dans ce texte, je note que la bouche peut prononcer des mots de liberté, alors que la souche reste enracinée. J’ai, d’autre part, violemment ressenti : et voici le temps de tourne-vie, tourne-ventre, tourne-gilet. C’est une suite d’images précises du mi-temps de la vie, engloutie dans le silence, comme la caravelle l’est par la mer démontée.

Sans se prendre pour Alice, le poète nous embarque dans l’aventure des reflets et du non-dit. Passant du concret

ta main caresse le présent / le passé / l’à-venir

à l’abstraction, le poète nous invite à revoir ce qui nous entoure, ce qui se trouve de l’autre côté du miroir.

La troisième strophe du poème « Page blanche » m’emporte, à la suite du poète, de l’arbre au sel, tous deux éléments vitaux, de l’écorce à la première enfance, celle qui toujours ramène les trésors abandonnés par la marée. Et ce n’est pas la strophe 5 qui me contredira :

je te parcours de bord à bord / de pied en cap  /de ciel en terre / jusqu’à la frange de ta robe

Nourri des images engendrées, sable sous ma vague, écorce dénudée (et bien d’autres), le lecteur devient centre d’un lieu de paix.

Se projeter dans le désir est l’expression d’un homme jeune et je suis enchanté par la formule érotique ma plume pour ton entre-forêt. L’entre-forêt, endroit magique et magnifique où l’on se perd, si l’on n’y prend garde, mais où l’on se délivre de soi en se perdant.

Je me heurte à l’expression tuer sa mémoire, car c’est de la mémoire que naissent les cendres vivifiantes. Ce poème est truffé de mots qui nous font chair et esprit : langue, souffle, caresse, soupir. Le mot aube aussi est présent, mot qui revient souvent dans les poèmes de Michel Cliquet.

Le son “AU” d’ailleurs semble privilégié : autel, sauveur, aussi, aujourd’hui, aurore, pause… rappelant l’eau virginale, premier des quatre éléments.

Dans le poème « Orange sanguine », deux mots qui me semblent antinomiques, le nom évoquant la douceur et l’adjectif l’agressivité. De même les mots tendresse et suavité sont agressés par le goût acre du raisin. Pourtant quelques mots appellent la douceur, la protection : l’ample tablier, à pleines mains caressantes, colibris, mais, immédiatement, ces mots trouvent face à eux l’aubépine et la rose, prêts à écorcher. Car en effet, la vie n’est pas un long fleuve tranquille.

Les derniers vers proposés ici par Michel Cliquet m’autorisent à croire que le poète a peut-être trouvé un assouvissement, un sens à la vie :

la vie a pénétré la chair / le cœur s’offre à nu / j’y cueille une larme tiède / orange sanguine

Guy Beyns

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L’OBSTINÉ SOIGNEUR D’ÉTOILES

La ville fourmille du tango des étoiles tandis qu’en dessous, exclu du bal d’en haut, évolue un danseur esseulé, qui n’a plus les mots de son amour pour accompagner ses pas. Tandis qu’au ras du sol pleure à bruits étouffés une ombre découronnée, les yeux qui le disputaient au soleil se sont détournés pour regarder ailleurs, les lèvres qui donnaient à boire se sont desséchées, le port de la tendresse affiche pour l’heure ses plus basses eaux. La nuit, même la nuit, se couche dans des draps glacés.

L’autre, elle, dont les chevaux de vent (…) piétinaient la braise assoupie, l’autre grâce à qui

le quotidien / était vallonnements  /enlaçades soyeuses / étonnements enfantins

s’est retirée, dissoute dans l’ailleurs. S’est faite insaisissable, ne laissant derrière elle que le vide. Et la plainte. Ou la béance.

Il semble pourtant que ce danseur-là n’abdique pas encore :

peut-on raviver d’un regard / le brandon qui s’éteint

… qu’il refuse de se le tenir pour dit :

que ne suis-je les mots de votre bouche / pour naître en votre sein / comme une caresse / et me couler entre vos lèvres

Sinon pourquoi ces mots pour endiguer, pour contredire l’absence ? Pourquoi ces appels fichés dans l’épaisseur du silence ? À moins de venir ici prouver la mémoire de l’amour. La provoquer. La rallumer.

Cet obstiné soigneur d’étoiles peut-il d’avance avoir cause perdue ?

Gérard Cléry
postface pour LE VIDE LA PLAINTE

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LE CHEVALIER À LA PROSE

Enthousiaste, Michel Cliquet, dont les Éditions de l’Acanthe sont la récente aventure aux découvertes précieuses et dont Georgette Purnôde nous rappelle qu’il fut séduit, dans de multiples activités, tant par l’architecture que par l’informatique et bien d’autres.

On se le figure volontiers penché – avec amour jusqu’à presque s’identifier – sur les gestes anciennes, les rimes amoureuses de Pétrarque ou de Ronsard dont il cite Cassandre, non loin de Hafiz ou du chevalier fameux avec ses moulins et sa résonance en notre Brel national. On est à peine surpris qu’il reprenne, quasiment mot pour mot, les raisons que Cervantès prête à son héros :

d’ailleurs / il n’est d’autre recours / aux chevaliers errants / que le feu de l’amour / et le désir ardent…

tant il est pris, au-delà des images, par le langage éternel de l’identification :

vous êtes l’eau / je suis la mer / je suis la flamme / vous le feu / vous êtes le sable / moi le désert / vous l’air / et moi le vent…

Amour – désir d’amour – est en effet « nécessité » qui « lie » et aussi relie dans le sens originel de la notion de « religion ». Religion première, écrit-il. Dans une concision tout à fait remarquable, il faut voir, d’ailleurs, comment il arrive à Michel Cliquet par instants à penser l’amour en le vivant :

noix de chagrin brisée / coquille vide de sens / dans un frisson suave / je dénude mon envie

… à en faire sa philosophie existentielle.

Pur poème amoureux, au demeurant propice au concetto, au madrigal, Michel Cliquet parcourt un chemin fidèle à lui-même avec un bonheur des mots qu’on lui envie. Quête courtoise où l’érotisme, toujours délicat, sait être franc, pleinement contemporain dans la précision des notations :

suivre du doigt le ruisseau de vos sens / y amarrer son être / acheminer l’ombre issue de toutes choses / et les lover au chaud de la fiévreuse étoffe / entre vos cuisses…

Le formalisme amoureux échappe à la convention dans l’attention au (fleuve [des] désirs) à l’entrée de ([l’]allée solennelle) qui (conduit à l’empire des sens) :

ne forcez point le désir / faites-le frémir comme le premier soupir du monde / laissez-le s’éveiller comme perce-neige au printemps

Non seulement affleure, comme déjà dans « La Lune Anthropophage », une résonance mystique :

… alors dans la lumière / je verrai votre visage / et saurai votre nom…

mais plus encore tout se fond en un sens religieux prévu déjà, qui intègre et transcende nos soifs :

trois ablutions / un rituel / prière-poème / laver à grande eau le poids du jour / en gommer le fardeau / la paix s’étendra sur ma couche / elle épousera mon souffle / cette nuit

Disons encore que, poète de l’amour, Michel Cliquet aime se comparer au pèlerin de Compostelle, portant besace et bourdon, en ayant parfois (dit-il) le bourdon, ou le cafard, au cours de la route :

l’absence est trace / présence en creux / preuve par l’absurde / proclamation d’une existence

Philosophie. Métaphysique. Alors qu’il sait aussi exprimer son désarroi de façon détournée, proche du quotidien :

mes souliers ne m’aiment plus / ni mes hardes / ils se sont trop étroits ou trop larges / et je m’épuise à fouler un sol fourbu / qui sous des écailles de porphyre / paresse et déambule / tel un dimanche ensommeillé

Il sait de même, en effet, la profonde raison de l’aventure en sa nécessité, soulignée déjà du sentiment :

et je suis aujourd’hui / entre l’âme et le fil / ce rien / cet infime soupir qui sépare / le réel du voyage

en cette strophe où se trouve le titre de l’ensemble : la condition humaine au cœur de la quête amoureuse, le réel vraiment réel de son questionnement essentiel.

Michel Cliquet n’oublie pas pour autant, dans un dernier « Deux ou trois mots de Ciel », de s’interroger sur la Poésie elle-même, de s’expliquer l’Écriture, fort heureusement, en pratiquant un naturel et une vérité trop souvent absentes en ce genre de considérations :

écrire… c’est prendre le soleil entre les paumes / en greffer la lumière sur le fil des yeux / écrire est œuvre de fourmi / c’est laborieusement dévider l’écheveau de l’horizon / entre la terre du silence intérieur / et le ciel de l’émerveillement au Monde… / la Poésie n’est point œuvre de l’homme / mais pure voix du Ciel

… Michel Cliquet aime le travail bien fait. En excellant dans le poème court, finement ciselé, il y réussit presque toujours.

Marcel Hennart (†)
préface pour ENTRE L’ÂME ET LE FIL

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LE CHANTRE DE L’ABSENTE

Cette plaquette « Le vide, la plainte » développe un des thèmes chers à Michel Cliquet, celui de l’absence, qu’elle soit provisoire, définitive, liée à la séparation ou à la mort. Thème vieux comme le monde : un seul regard vous manque et tout est sans objet. Le vide se remplit de plaintes ou de silence, de musique, de nostalgie, de souvenirs dont on voudrait faire le deuil. Le monde se transforme, perd sa raison d’être. Abandonné, seul, le poète habite les nuits, fuit la lumière, berce sa peine dans le berceau d’une attente insensée.

L’originalité de ce recueil réside, je pense, dans sa présentation que j’aimerais, si j’osais, qualifier d’obsessionnelle, sans que cette qualification ne revête pourtant un caractère péjoratif. L’abandon crée souvent un état douloureux proche de l’obsession. On a beau faire, celui qui vous a quitté est toujours présent, à chaque page du petit livre dont on tourne les pages. Et à chaque page les mots entourent la même image, rappel lancinant de ce que le poète a aimé. Et à chaque page les mots se transforment à leur tour en images qui ne font que répéter le même amour malheureux.

Le poète écrit :

Vous deveniez louve blanche à l’heure où le matin dévorait les étoiles / la table est vide où vous étiez / je suis plein de votre attente jusqu’à la frange / je cisèle un océan de plomb / miroir de vos yeux à la houle noire et profonde / secouant mon esquif / parmi les scintillements / Les soupirs d’un archet effeuillent heure après heure / les pages de mon attente / comme un cahier d’écolier / où s’impriment les pas de ma plume

Car, au début, l’absence à laquelle on a peine à croire engendre l’attente, et l’attente se mêle au doute, à l’incertitude, à l’espoir et à la désespérance jusqu’au moment où l’illusion sera morte à son tour, où il ne restera plus que cendres qui s’envoleront au vent de l’oubli. Le doute est comme une marée noire qui s’étend de plus en plus et atteint les rives les plus éloignées. Si aujourd’hui on est seul, c’est qu’on l’était déjà hier alors qu’on croyait ne pas l’être. Ce n’était qu’un semblant de présence, un faux-semblant de tendresse :

votre regard ondoyait / roseau entre mes doigts / l’avait-il feinte cette tendresse / dont je crus voir les frémissements / avant qu’ils se détournent ?

À l’enterrement des amours les pleureuses se lamentent. Elles ne comprennent pas ce qui leur arrive. La morte vous a trompé : elle voyage ailleurs descendue d’une croix illusoire. Si elle ressuscite pour vous, c’est dans votre mémoire. Mais qu’est-ce que la mémoire d’une réalité morte sinon le rappel insupportable de ce dont nous sommes privés ?

On imagine facilement à la lecture des phrases jetées sur les pages comme des galets sur l’eau, la marche hésitante du poète, les oreilles pleines des accents tristes d’un piano blues, accompagnés des syncopes rogues d’une voix de paquebot. Ce ne sont pas les sanglots longs des violons de Verlaine mais les soupirs d’un archet qui effeuillent les pages où s’impriment les pas tandis que la ville fourmille du tango des étoiles, cette danse dont se souvient le désir. Les notes s’ankylosent et le saxo pleure son jazz. Même le piano raille sa solitude.

Avant de quitter ce petit livre écrit en forme de joyau, j’aimerais souligner combien il m’a réchauffé le cœur, tant il est rare en ces temps convulsifs de pouvoir lire et écouter une voix intérieure qui nous parle d’amour avec la délicatesse de l’âme.

Jean Botquin
à propos de LE VIDE LA PLAINTE

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LE PÈLERIN DES AUBES

La création littéraire s’identifie à l’amour. Il en est un des thèmes principaux. Il est naissance, vie, mort sur fond de solitude et d’absence. Entre l’âme et le fil, s’inscrit très exactement dans cette trame. Divisé en quatre parties, quatre saisons – cycle exemplaire de l’évolution du temps entre la germination, la croissance, la destruction et la renaissance – il nous démontre dans un foisonnement d’images tantôt philosophiques voire métaphysiques, tantôt courtoises ou érotiques combien ce qui nous paraît durable et prometteur est fragile et éphémère. Implacable vérité : il n’y a pas d’amour heureux ni d’amour éternel.

Ouvrons le livre sur « La Tiare d’Artémis », où le poète s’abreuve des premières émotions de la rencontre toujours extraordinaire, inquiétante, troublante et incertaine, aux rives de la source de toutes ses inspirations.

Déjà, dès les premiers vers, jaillissent les mots qui ouvrent les portes de l’univers amoureux de Michel Cliquet : paroles, souffle, semence, mains qui se parlent et dénudent, regards, yeux, miroir de l’autre et de soi-même.

Mais il est sans doute encore trop tôt pour l’abandon sans réticence : la conquête est trop récente, la liberté trop forte aux oiseaux mis en cage. Les heures aussi sont transies d’incertitude, les fontaines du vouloir sont taries, les rêves enlisés dans d’anciennes consciences.

Les oiseaux ne sont pas encore prêts pour la parade nuptiale. Il faut qu’ils oublient d’abord et réapprennent ensuite afin d’entrer à pleines ailes dans le renouveau amoureux, sans scrupules, disons-le, sans appréhension ni culpabilité. Le poète n’écrit-il pas :

le silence couvrira de son aile pudique / le baiser de Judas

… comme si l’amour naissant accusait déjà le germe d’une trahison annoncée ou que s’annonçait l’impossible réconciliation de la passion avec la réalité quotidienne ? Existerait-il une force obscure qui l’empêche d’embrasser le bonheur ?

hélas / mon ange / cette clarté sans nom / condamne mon regard / aux errances éternelles / et pour le reste de mes jours / me privera de l’image de votre visage / tant rêvé

Serait-ce, l’histoire à peine commencée, déjà l’impasse, « l’Impasse aux lèvres closes ». Joli titre pour illustrer les difficultés d’entrée aux rites du partage ! On peut se demander si l’artiste, et donc le poète, n’est pas condamné à la solitude. Ne serait-il pas plus heureux dans sa souffrance, plus enclin à déambuler seul dans la nuit, meurtri, déchiré, incapable d’une relation profonde et véritablement partagée ? Mais sans doute faut-il l’un pour souffrir de l’autre…

Attraction / répulsion / imprévisibles caprices / d’un équilibre toujours à refaire / il erre / solitaire entre les extrêmes du monde

Dans les « Missives buissonnières », Michel Cliquet continue à dire cette souffrance et l’angoisse qui habite sa solitude, lui, le supplicié de la roue du temps. Tel un chevalier vouant à sa dame inaccessible une passion qu’il voudrait immortelle, il erre par monts et par vaux. Quand pourra-t-il abreuver son destrier à la rivière sauvage de sa chevelure ? On aurait tendance à penser à une condamnation à l’amour perpétuel quand on lit :

il n’est d’autre recours / aux chevaliers errants / que le feu de l’amour / et le désir ardent

Chaque saison s’accompagne d’états d’âme appropriés. Avec le printemps, le poète le plus meurtri peut voir sa peine s’assagir. Il se met à conjuguer les herbes folles au participe sauvage. Ce qui était pénible, difficile, insupportable, s’allège, devient tellement plus facile. Son désir s’infuse dans la poésie d’une tisane, il polit son haleine, laisse décanter, filtrer les choses, boit le regard d’un seul cul sec, sème, plante, couvre l’horizon de carlines acaules – ces chardons à courte tige qui crissent sur la lande et ironisent la femme dont il est amoureux. Il fauche les épines. De chevalier il est devenu jardinier. Recevra-t-il le mérite agricole pour son accès au bon sens qui l’aide à surmonter les embûches de la séduction au quotidien et facilite – oh ! combien – l’éclosion du plaisir et la joie d’aimer ?

Est-il faux de croire que :

de leur union naîtra / sur une couche de marbre blanc / l’Androgyne / l’Impossible cristal / le Rédempteur des Impasses / les chemins fourvoyés / en étalons dociles ?

Peut-être n’est-ce encore qu’un semblant de printemps amoureux, un hiver qui n’en finit pas de fuir bien que le soleil blanc paraisse propice aux jeux de l’amour :

suivre du doigt le ruisseau de vos sens / y amarrer mon être / acheminer l’ombre issue de toutes choses / et les lover au chaud de la fiévreuse étoffe / entre vos cuisses

Tendre accalmie avant la reprise de rêves fougueux. Le chevalier renaît grandiose, torero, caballero, révolutionnaire, Ulysse enchaîné, marin sur les routes océanes, planté en tête du voilier. Elle, elle est l’Ibère passagère, la libertad, la Marie Marine. Il chante :

vous borderez le foc du regard / par-dessus la chaloupe de vos hanches

puis plus loin :

des bras inconnus enrubanneront le roseau de votre corps / afin que vous alliez par-delà les mouvances bleues / planter votre beaupré dans le cœur des vents debout / et sur la croix du Sud crucifier votre caravelle

enfin :

un ange / au sexe découvert / allume sur la banquise dénudée / le brasier d’un empire

Nous entrons ainsi dans une apothéose des sens s’exultant en un feu d’artifice charnel. On ne sait s’il invoque des souvenirs ou exprime des espérances. Laissons-lui le choix, quand il écrit :

immerger mes sens dans les saveurs de votre nuit / vibrer sur l’infime chemin entre les frissons du matin / en vos refuges offerts plonger une main maraudeuse / et boire le miel en votre calice vermeil / porter aux lèvres la nacre de votre coquillage / hisser sur le pavois de mes rêves / votre corps entre mes paumes

Superbe érotisme qui suscite, comme il l’écrit ailleurs, vibrance de notre être. À ce point de la trajectoire, on se prend à espérer. La force de l’amour, le brasier qu’il provoque, seraient-ils à même de détruire le dragon, d’anéantir la ville des ténèbres, de réduire en cendres les fardeaux du passé ? À la fin de la deuxième saison, on serait tenté de le croire. Ainsi pourra-t-on peut-être :

abroger la draconienne apprise depuis les enfances / à nos incertitudes bouter un purgatoire incandescent

Mais en détruisant le mal, ne détruit-on pas le bien qu’il porte en son sein ? Je ne puis m’empêcher de penser aux psychanalyses qui nous renouvellent en ébranlant notre identité, normalisant l’anormalité qui fit de nous ce que nous sommes. Ah ! Quelle redoutable passion novatrice ! Quel séisme et quelle déferlante ! Un raz-de-marée Marie-Marine !

à mes yeux, vous serez / égérie de l’absolu.

Soit, pourquoi pas ? Mais pour combien de temps. Laissons-lui cette idée. Soyons justes cependant. Le choc amoureux est une révolution qui remet tout en question.

Voilà que s’annonce la troisième saison, pleine de promesses mais également pleine d’embûches. Ne soyons pas naïfs, la partie n’est pas encore gagnée. Le sera-t-elle jamais ? Nous sommes en polar-poésie et en amour-suspense-fiction. Malgré l’amour torride, « les Chemins d’Esmérald » connaissent un climat plus frais :

par vos regards de lune en mon obscur silence / votre voix de chagrin me reste en remembrance / dans le lit raviné des cœurs à la dérive / le pont s’est affaissé qui reliait nos rives

Racine n’aurait pas mieux dit. Accalmie seulement, baisse de température, suivie d’une vague de chaleur vigoureuse. Les neiges s’impatientent et l’amour ressuscite comme jamais. Amant impénitent que ce Cliquet qui ne désarme jamais. Mesdames, n’est-il pas affolant de s’entendre dire :

en couchant votre corps dans les senteurs nocturnes / je le couvrirai d’étoiles / de pétales odorants et de chansons de gestes

et d’être à la fois

roseau, vaisseau, fougère et amoureuse que le vent courbe, / pousse, affole et dénude ?

Toujours couve sous la cendre le feu qu’un rien parfois – un sourire – ranime. Et c’est alors à nouveau la passion dévorante et sublime, aussi violente, semble-t-il, que celle de Ronsard pour Cassandre, aussi fusionnelle que ces grandes amours dont certaines hélas sont comme les roses qui ne vivent que l’espace d’un matin. Et si le chevalier, sans reproche et sans peur, brûle ses vaisseaux, au propre comme au figuré, il se double de temps en temps d’un personnage plus débonnaire et bucolique qui foule d’un pas franc la terre prometteuse :

Oui / la moisson sera belle / et le pain sera bon

S’éteint la troisième saison sur quelques considérations raisonnables, une fois n’est pas coutume. Ne faut-il pas garder sur soi un regard lucide ?

rien n’est acquis / tout à gagner / et tout à perdre aussi / un sourire / une caresse / un mot d’azur / ou d’épines

La conclusion est péremptoire à la manière d’une morale de fable :

ignorez, jeunes gens, les promesses des anges / ce ne seront jamais que poussières d’étoiles / après avoir séduit et transpercé nos cœurs / elles brûlent nos yeux et nous ensevelissent

Au début de la quatrième saison, Michel Cliquet transcrit un texte déjà publié en avril 1996 dans son recueil « Embrasser le silence ». Faut-il en déduire qu’il n’a fait qu’interrompre une marche durant l’espace de trois saisons pour la poursuivre à la fin de celles-ci, comme si c’était son destin que de marcher inlassablement sur les chemins de la solitude ? On le croirait aisément rien qu’en lisant le titre « Le devoir d’inquiétude ». Essayons de l’interpréter. Cliquet ne peut envisager le bonheur qu’un démiurge lui a interdit dans son enfance. Peut-il dès lors vivre pleinement sa passion, transgresser les interdits de sa jeunesse ?

L’amour exorciste ne peut qu’échouer et la passion qu’aboutir dans une impasse. Aussi cherche-t-il à :

détruire le souvenir / tuer, occire la mémoire / cette fâcheuse / empoisonneuse du souffle

Comment ne vivre que :

sous la lune encore tiède / où il tressaille comme un brin d’herbe / au battement d’ailes de l’aimée ?

Alors, il écrit avec rage et sans doute avec impuissance :

je suis entre vos draps le serpent du premier jour / qui vous mordra la pointe de l’aréole / prenez garde à mon venin / il n’a point de remède / tel un lézard dans votre nuque il s’insinuera désormais / jusqu’en vos frémissements cachés

Est-ce lui qui parle ou un Job amoureux criant au ciel sa malédiction, Christ-poète crucifié par la volonté d’un père qui inlassablement lui répète :

les orgues sont taris, mon fils / les orgues sont taris

avec l’ironie du pouvoir autoritaire et une “père-fidie” extrême.

Le poète doit-il se résigner, arrêter la quête chimérique de l’inaccessible, arrêter aussi le supplice de Tantale ? Nous dirions : certes non ! Car les chants les plus beaux sont ceux de la souffrance. Mais peut-être y a-t-il quelque part une issue autrement salvatrice et sublimante ? Il convient de sortir de la contradiction en soi et de choisir la liberté en poésie, voie de l’essentiel. En dépassant toujours les passions humaines, en les assumant à travers le don de la parole et la magie céleste des mots, il progressera vers l’infini. La création poétique est d’abord création de soi, Rilke nous l’a appris.

Et c’est un peu le message que j’ai ressenti à la fin de « Entre l’âme et le fil ». Au bout du chemin, le poète-pèlerin Cliquet se retrouve face à lui-même. Il écrit :

dépassé le portail entre le ciel et l’eau / un ange vous sourira / et vous tenant la main / il vous fera passer d’une rive à l’autre / les yeux écarquillés

Car

Ecrire / c’est prendre le soleil entre les paumes / en greffer la lumière sur le fil des yeux

Car

la poésie n’est point œuvre de l’homme / mais pure voix du ciel

Car

la poésie sera sérénité / exprimée au travers d’une souffrance / par la magie des mots et des gestes

Car

il est toujours un sanctuaire / où loin des rivages aventureux / l’on revient en secret / au lendemain de nos conquêtes / se recueillir / et boire à même la source / l’eau virginale du pardon

Cliquet, pèlerin-chevalier des aubes en quête de lui-même serait-il arrivé au Portail de la Gloire, au-delà duquel s’ouvrent l’allégresse et l’espérance ? À notre tour de l’espérer…

Jean Botquin
à propos de ENTRE L’ÂME ET LE FIL

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LES MOTS : LA VOIX ET LA MUSIQUE

Fondateur et responsable des Éditions de l’Acanthe, Michel Cliquet a quitté Namur pour prendre racine à Tournai, après un crochet par Bailleul et Leuze. Il est désormais intégré à la région du Hainaut Occidental, prêt à développer moult projets.

MOTS DURS ET DOUX

Il a signé « Sous l’écorce l’ivresse » ainsi que « Embrasser le Silence » ou « Entre l’âme et le fil ». Puissant au sein de ses recueils de poèmes, il a confié des textes au chanteur compositeur guitariste Bernard Degavre. Ses strophes ont une luminosité d’amour ébloui pour tracer le portrait de l’aimée. Elles sont de tonalité mélancolique pour exprimer le vide de l’absence, l’amertume envahissante et la solitude qui se nourrit de mémoire. Elles se teintent de la lucidité qui permet de jauger le changement radical du passage de l’enfance passionnée à un âge adulte assumant ses échecs. Enrichis de métaphores multiples, les vers de Michel Cliquet alignent parfois les arides mots des amants séparés, parfois le feu du troubadour ou l’humble palpitement sur la lèvre des anges. Ils oscillent de la certitude, même amère, à l’espoir, même incertain.

MUSIQUE ET VOIX

Voici du blues lent, étirant sa plainte mélancolique et répétitive, étayé par les paraphrases d’un harmonica. Voici les épices légères de références à des musiques sud-américaines déclarant l’amour en portrait ou naviguant sur une mer où chavirer, tandis qu’un accordéon inscrit la nostalgie. Clavier et violoncelle soutiennent, eux, les tendresses écorchées. Puis, çà et là, un petit flirt du côté du jazz-rock et d’un folk entraînant. Il y a alors une sorte de lyrisme aérien, berceur de rêveries langoureuses en harmonie avec la douceur de la voix de Degavre. Nous sommes ici au cœur de la composition à texte traditionnelle, celle qui fit les beaux jours de la chanson française : attentive aux paroles, respectueuse de la voix, colorée par des musiques sans tonitruances électriques, soucieuse de mélodie. En un mot, un disque de chansons d’amour hors modes.

Michel Voiturier
à propos du CD : TU ES TOUT SIMPLEMENT VENUE

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LE BRIN DE VIE ÉMERVEILLÉ

Avec « Le jardin sous les brumes » et « Aux lèvres de l’Orante », Michel Cliquet couche sur le papier, qu’il caresse de sa plume-doigt, une manière de chef-d’œuvre en légèreté apparente. Sans avoir l’air d’y toucher, mais allons-y voir un peu, tout son art poétique – et plus simplement son art de vivre – chante en filigrane dans les silences des poèmes qui sont aux intervalles musicaux de ceux-ci.

Il suffit, dit-il en exergue, qu’un regard se détourne et l’univers s’éteint : comme si le monde n’était, après tout, qu’une immense prairie d’été où les désirs font la ronde comme s’allument les vers luisants, à la différence desquels le poète, qui vole le fugace et capte les instants, se bâtit une mémoire forte. Allons y voir, ai-je dit, mais à pattes douces, restant à l’esquisse, en effleurant sans trop expliciter à l’exemple de notre poète oiseau-lyre en ses parades. Sans doute suffit-il de lire, rien de plus et le charme opère.

Dès l’abord – grincement familier de la grille – le poète nous introduit en son domaine “enchanteur désenchanté” :

dans le petit matin brumeux / le jour dégrafe ses ourlets / chasse la nuit ensommeillée / et apprête les senteurs de l’aube / pour la ducasse des oiseaux

mais très vite, place à la mélancolie : le merle se retire en ses quartiers silencieux, la pivoine emmitouflée s’efface du banquet et le banc, très lamartinien, est solitaire. Triste est le chemin, parmi les âmes mortes, et le chassé-croisé entre brumes et soleil ne cesse de se répercuter : par moments brin de vie émerveillé tandis qu’à d’autres il

cède aux ronces son corps invisible déjà / sa parole sans voix / et sa main sans caresse

jusqu’à la rencontre :

moi la barque / vous la rame / mes veines le fil de l’eau / et ma lèvre le sable sous vos alizés.

 Ce livre est une confidence du poète. Le “je” est de la partie. Je hais les au-revoir dit-il, ô… combien, évitant à tout prix la question incandescente. Pour autant, le lecteur est peu renseigné sur la femme, omniprésente, idéale, proche du parfait ; en réalité jamais devant nous en saisie directe, d’un seul regard, celle qu’en fin de parcours il appelle l’Orante, alors que nous sommes tout entier à suivre le poète en sa carte du tendre voguant d’île en île dans l’archipel du désir.

Mais où tout se rassemble et s’exhausse en véritable art poétique, c’est au premier poème d’« Aux lèvres de l’Orante », où flotte le sfumato d’un artiste souverain dans la métaphore suggestive, le tout en musicales, poignantes, lucides notations qui évoquent l’« Art d’aimer » d’Ovide, avec un érotisme extatique, âmes et corps inséparés, ne rasant jamais le ras des rigoles :

une plainte / un murmure / une lamentation / une fragrance intime / un parler d’herbe mauve

une île / un interdit / une allégeance impie

Ainsi pare-t-il, de quelle élégance, la chasse amoureuse, ainsi enchâsse-t-il ses fleurs de courtoisie ; tantôt il déambule et découvre comme il écrit :

étais-je hanneton sur votre peau si blanche / traçant mon écriture vers les sommets de lumière / dont vous inventiez l’horizon / tantôt il la voit, le soleil entre vos cuisses

tantôt il se voit :

tel un rapace ma main / survolant ses territoires / scrute vos pâles étendues / que d’un regard en planant elle dénude.

Comment en définitive ne pas penser, par l’élégie, à quelque Ronsard ou autre poète de la Pléiade ? Muet, immobile, impatient, en éternelle quête, Michel Cliquet, homme aux mille chemins ouverts, se révèle plus que jamais lui-même dans ces textes poésie-prose riches de tant d’allusions, d’alluvions venant d’hier, d’ici et d’ailleurs, comme s’il couronnait à sa façon des siècles de poésie française :

je marchais vers vous et ne le saviez / je chantais en vous et ne m’entendiez / j’aimais en vous et ne m’aimiez / mais en moi je vous savais / vous entendais / et vous aimais.

Jean-Louis Crousse (†)
préface pour LE JARDIN SOUS LES BRUMES suivi de AUX LÈVRES DE L’ORANTE

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LE VRAI & LE JUSTE

La poésie de Michel Cliquet a ceci d’étrangement beau qu’elle est à la fois tendre et minérale. Tendre, de par sa matière qui sollicite l’approche, le toucher, le caresser. Minérale, de par sa concision, sa densité qui renvoie à l’irréductible, l’insécable.

Et aussi, face à l’Orante, le vouvoiement amoureux du poète qui parle à ces deux mondes faits de distance et d’apprivoisement.

Cette écriture est vraie. Parce qu’elle relève de la Justesse.

Paul André (†)
postface pour LE JARDIN SOUS LES BRUMES suivi de AUX LÈVRES DE L’ORANTE

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LE NAVIRE & LE NAVIGATEUR

« Le pèlerin des aubes » poursuit une méditation de Michel Cliquet sur des thèmes que ses œuvres précédentes ne faisaient peut-être que suggérer. Tout tourne autour de la quête initiatrice, cette démarche douloureuse au centre du Moi. Ne devrait-elle le conduire au bonheur ? Rien de moins sûr, en vérité, car le poète est un être de souffrance. D’autres poètes aussi ont prétendu qu’ils cherchaient l’absolu. Or l’absolu, personne ne l’ignore, est hors de portée. L’échec est prévisible et le désespoir assuré. Mais les chants les plus beaux sont nécessairement les chants les plus désespérés. Alors…

Cette quête d’aujourd’hui, sans le moindre doute aussi celle d’hier, se déroule en vingt-deux stations, ou strophes si l’on préfère. Pourquoi vingt-deux ? Ne faudrait-il que vingt-deux jours pour aboutir à la fin d’une quête ? D’aube en aube, la roue tourne. C’est un chemin de croix, un jeu du hasard ou de la fatalité, un inexorable tarot aux lames intouchables.

Parti du néant, le voyageur ne peut qu’y retourner. L’arbre devient pirogue, comme vous et moi, à la naissance ; il faut se défaire de son aubier et se tailler la forme d’un esquif. Et partir… pour aboutir Dieu sait où. Pour retourner une aube ou l’autre, se fondre en l’élément qui a porté le poète… dans la mutité de la matière première.

Bien plus que pèlerin, le poète est ici navigateur, ou même navire, comme s’il s’était fusionné en l’objet qui le transporte, au propre comme au figuré. Ce n’est donc plus seulement le marcheur infatigable dont le trajet lui est imposé par sa pénitence, avec de la boue sous les semelles.

Marin de la destinée, vêtu de l’aube de son innocence coupable, il fait fi, dans son voyage intérieur, d’un itinéraire préconçu et d’une chronologie précise, même si celle-ci se déroule en des séquences empruntées aux arcanes visionnaires du tarot. Le poète est un démiurge d’essence divine, du moins il le croit ou souhaiterait l’être, détenteur du temps et de l’éternité, omniprésent dans son imaginaire et son onirisme.

Ainsi voguons-nous sur l’eau de la symbolique verbale de Michel Cliquet. Élément primordial d’où nous sommes issus et vers lequel nous aspirons à retourner afin de pouvoir retrouver la béatitude du néant fusionnel. À l’origine, l’eau recouvrait la terre. Même l’Harmattan, ce vent du désert, a débordé sur l’océan. Les vivants mouillent de leurs larmes les pierres du cimetière gravées d’un sourire et l’oiseau blanc est emporté par le fleuve. La terre et les êtres ne sont que des îles condamnées à disparaître.

En lisant et relisant « Le pèlerin des aubes », j’ai revu la lagune de Venise dans le brouillard du mois de février. Le vaporetto naviguait au radar entre les ducs d’Albe qui surgissaient du mystère – vingt-deux ducs d’Albe, peut-être ? – et bordaient notre route incertaine, d’une île à l’autre, comme dans le voyage initiatique de Michel Cliquet.

La deuxième partie du recueil nous replonge dans d’autres thèmes chers au poète : la fragilité de l’amour (aimer est château de papier), le cycle de vie et de mort (la mort où nous reposerons dans la paume du vent), la rédemption par la seule poésie, création de nature divine et absolue où l’instant, pareil au grain de sable confondu à la multitude, se commue en éternité, dès lors que le poète rend éternel par sa parole ce qui était éphémère.

Le voyage n’est pas ici une quête de bonheur. L’écriture est une entrée en solitude. Comme l’a souligné Rilke, nous sommes solitude : Michel Cliquet ajoute que l’amour n’est jamais que la rencontre de deux solitudes particulières. Le poète, blessé par la vie, le vide et l’absence, s’y réfugie comme dans un acte d’amour d’où naîtra sa force créatrice.

Jean Botquin
préface pour LE PÈLERIN DES AUBES suivi de SAVOIR L’AMER DES SABLES

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LE CHŒUR DES ANGES

Mon esprit est suspendu dans un espace dont ont ne revient pas indemne. J’ai lu sans lever la tête !

L’harmonie du début me fait penser à un chœur d’Anges. Ensuite ta voix prenante et grave, ta voix dans les creux ! Caressante « comme une plume au vent de midi ».

Je suis émerveillée par la beauté du texte, sa force, sa sensibilité ! Je suis fascinée par la musique sensuelle de ton âme. Si je me reconnais ? Je le voudrais bien… Mais n’y a-il pas en toi toutes les formes de terreurs, d’émerveillements, de plongées dans les abysses, de résurrections, d’espaces vides où tu flottes gorgés de pensées et de doutes, d’enfers heureux dans tes arbres fruitiers, de pierres que tu polis de longues caresses.

« Le pèlerin des aubes » et « Savoir l’amer des sables » : deux titres pour cheminer longtemps dans un espace sans fin. Le sable emprisonné coule toujours dans le sablier !

Anne-Marie Derèse
à propos de LE PÈLERIN DES AUBES suivi de SAVOIR L’AMER DES SABLES

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LE SCULPTEUR D’ÉBRÉCHURES

Le bois séduit Michel Cliquet, poète, éditeur, en train de devenir plasticien. Si l’on excepte des travaux de débutant en ciment et pierre où se lisent les influences des polisseurs épurés du milieu du XXème siècle, des troncs servent de matière aux présences qu’il façonne. Entre l’aléatoire et le volontaire, il les transforme de manière à laisser supposer qu’ils se fragmentent, s’assemblent alors qu’ils se métamorphosent. Ils allient dès lors une massivité sensuelle avec une fragilité d’ébréchure.

Michel Voiturier
à propos de l’exposition de sculpture à LA PIERRE QUI HURLE
à Quenast du 15/07 au 18/08/2003
in LE COURRIER DE L’ESCAUT — 13/08/2003

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L’ANGE DE LA LIBERTÉ

À L’ANGE DES MERS

La pierre, que Michel Cliquet pousse vers le sommet, retombe inlassablement et il recommence comme un châtiment dont nous serions dépositaires pour les temps à venir. Son frère de plumes, son Ange des Mers, est-ce une femme dans les algues, emmêlée de murmures ? Est-ce une histoire de miel ? Un message flottant au gré des vagues ? Est-ce l’écume qui émane de lui ?

Sa recherche d’absolu dans les forêts inextricables, dans la profondeur liquide, devient une prière païenne à plier sous la joue pour un sommeil profond. La femme dans un battement d’ailes, la femme mouillée qu’il déchire, qu’il déracine dans l’impasse de l’eau, trouble nos songes :

mémoire / déracinée / impardonnable / déchirure

Le pardon qu’il ne donne pas et son esprit qu’il pousse telle la pierre de Sisyphe, le chemin qu’il poursuit dans les dédales gelés, l’innocence rompue, la chaîne pendante, devenue inutile, nous marquent comme une absence, un trou dans l’espace, une plaie au côté droit d’où ne coule qu’un peu de sang léger. Le pèlerin s’est arrêté, les pieds raidis, sur un escarpement de falaise, les mains tendues vers un ailleurs qui ne lui appartient pas.

À L’ANGE DES PIERRES

La tant recherchée, est étrangement, la plus sensuelle, ses dunes plus ouvertes sur le silence des lèvres. Michel Cliquet n’est-il pas l’Ange de Pierre, ce sculpteur, ce créateur, ce pourfendeur, celui qui se cherche dans les monts de sable ?

Sous sa langue, les mots se forment et la femme se donne, chevelure suivant les vagues du vent, gémissements dorés dans l’envers du vivant. Je le vois entouré de ses pierres, patiemment façonnées, arrondies, douces sous la main. Je le vois entouré de ses bois dressés sur l’horizon, le regard perdu vers un demain lourd de fleurs écrasées. Je le vois :

aux étoiles / cloués / quatre membres / de nos chairs oubliés

La femme est longue et ronde dans l’attente, le sable la couvre et la dénude, le vent la transforme. Elle devient autre et il la boit à longues goulées tel un flacon retrouvé. Il la boit, il la roule, il plonge ses griffes dans le sable, il dessine dans ses courbes d’autres sentiers, d’autres failles. Il entre dans un tombeau qui remonte le temps.

À L’ANGE DES TERRES

La plus secrète, la plus chaude, la plus féconde, la plus patiente, terre qui grouille de vies et de morts. Femme de silence et de glaise, qu’il récolte, qu’il forme de ses mains, avec le temps, avec la longueur du temps.

Elle est louve et renarde et déjà se couche devant lui. Il la caresse longuement, il la tourne, il la lisse. Elle devient objet, la cruche qui contiendra son vin. Elle plongera les doigts dans ses pensées, elle priera dans l’ombre des dédales, il sera unique dans ses prisons :

opus / de ses lèvres / en ma nudité / celé

Michel Cliquet ne sera jamais loin de son baiser de chair, identique, jumeau, éternel. Elle sera maternelle et nourrissante. Au bout de son voyage, elle lui léchera les paumes et le sang séché aura fraîcheur nouvelle.

À L’ANGE DES AIRS

Serait-il l’Ange de la Mort, envolé, apaisé, celui qui passe et franchit les miroirs ? Serait-il avide d’espace, de bleu, d’ombre grise ? Serait-elle un satin à glisser dans un rêve, un daim dans la neige, une voile pour aborder au port ?

Je comprends le soc et la douleur, le repos, la paresse et le sommeil perdu d’un Ange de Liberté ! Il s’élève, il vole au-dessus de ses chemins, il atteint l’absolu. Il pourra crier, s’abreuver de ciel. Il regardera la pierre dressée et l’eau bruissante, le puits pour la soif, la femme ronde qu’il as mis au monde avec ses outils d’artiste :

et savoir / qu’un geste / une pensée même / eût suffi

Savoir que dans le monde, à chaque détour, à chaque marche, dans la solitude, le rejet, dans l’amour nu, savoir qu’une larme tremblée, un semblant de larme eût suffi.

Anne-Marie Derèse
préface pour PAROLE EN TRANSHUMANCE

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DÉTRUIRE LE SOUVENIR

Tes mots sont des abeilles qui envahissent mes mains, mes bras, entourent mon corps, une carapace ailée sur champ de blé ou de fleurs.

Tes mots montent le long de mon cou, mes lèvres sont gonflées et brillent dans les lueurs. Mes oreilles bourdonnent.

Je crie ! L’extase est trop vive. Les abeilles sont sans pitié, sans passé. Tels des soldats à leur dernier combat, l’assaut est sans faiblesse, le venin me hante, se répand. La torture est désirable.

            Tes mots tombent un à un, une grêle

            qui doucement fond entre mes doigts.

Anne-Marie Derèse
à propos de PAROLE EN TRANSHUMANCE

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LE FÉCOND DES ABYSSES

L’émotion est totale ! La pierre est une force ! La vie dans chaque grain devient un monde, une planète ! Sa fécondité rejoint les abysses ! L’ongle dont l’ombre est sur le mur ! J’aime ! La force et la transparence ! Il cultives les deux ! « Compassion » est lisse et se projette dans un ailleurs ! Vers l’ailleurs inconnu de deux corps qui s’étirent et se penchent. Deux corps que la passion étreint. Deux rêves appuyés l’un à l’autre pour le passage dans le miroir. Deux âmes condamnées à mourir debout.

Michel Cliquet est inattendu, imprévisible, incommensurable.

Anne-Marie Derèse
à propos de l’exposition de sculpture — Académie des Beaux-Arts de Tournai — 05/2004

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LE GRAVE ET LE MÉDITATIF

Poésie grave et méditative que celle de Michel Cliquet, dans son recueil « Le pèlerin des aubes ». Dans ces aubes où le jour se lève sur l’espoir ou l’incertitude, c’est dans une sorte de chemin de croix, de voyage initiatique où la douleur de vivre se sublime par une quête sans cesse renouvelée de ce mystère insaisissable qui nous fait progresser dans la connaissance de nous-mêmes ou du monde et pourtant ne cesse de nous tourmenter car il n’y a pas de terme au voyage, c’est, par un chant incantatoire et mezza voce, dans une aventure éthique et poétique que le poète nous entraîne. L’écriture a, paradoxalement, la limpidité du jour qui se lève et le tremblé d’une brume, crépusculaire, l’une et l’autre se complétant et ajoutant au mystère et à l’émotion. « Savoir l’amer des sables » apparaît davantage comme un chant d’amour, couplets brefs, sans effusion, où l’on devine que ravissement et désenchantement ont la même source lumineuse et fragile :

immerger en tes lagunes offertes / tous les frémissements / toutes les extases

Maurice Cury
à propos de LE PÈLERIN DES AUBES suivi de SAVOIR L’AMER DES SABLES
in revue LES CAHIERS DU SENS — 06/2004

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L’APPEL AU RÊVE & À LA RÉFLEXION

Voici « Le pèlerin des aubes », le onzième livre de Michel Cliquet, qui lui permet de s’affirmer comme l’un des meilleurs auteurs de sa génération.

Ce livre nouveau nous conduit, dans un rêve, de l’aube du premier jour à l’aube du vingt-deuxième :

et je sus l’aube du quatorzième jour / comme si dans un souvenir / à peine en demi-teinte / il suffisait de m’en aller / fouler les étendues / solitaire en l’incertaine fluidité

La deuxième partie, « Savoir l’amer des sables », est d’un même style si agréable : poésie courte, vers courts, mais toujours harmonieux et profonds, appelant au rêve et à la réflexion. Si vous lisez la soixantaine de pages comme elles le méritent, vous aurez plusieurs heures de profond plaisir.

N’oublions pas de signaler l’excellente préface de Jean Botquin.

Raymond Quinot (†)
à propos de LE PÈLERIN DES AUBES suivi de SAVOIR L’AMER DES SABLES
in revue LE REFLET DE CHEZ NOUS n° 412
bulletin de l’Association Royale des Écrivains de Wallonie

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SCORIES DU TEMPS PERDU

Poète des thèmes fondamentaux, Michel Cliquet propose, avec Le pèlerin des aubes, la relation d’un parcours initiatique que l’on pourrait détailler comme une série de “déferlantes” qui portent en elles des songes inaccomplis, des gestes manqués, des rendez-vous oubliés, des nébuleuses d’amour et des scories de temps perdu. Baignés tout à la fois dans brumes et amertumes, ces textes de haute solitude sont une sorte de glossaire des émotions, des espérances et des époques qui ont pu (ou failli) s’accorder les unes aux autres. L’écriture est lente, cadencée, vouée au culte de l’image et à la sauvegarde des éléments générateurs de vie. Visiblement soucieux de s’en remettre à ce drainage lancinant, Cliquet alimente et rythme son mystère comme peut le faire une mélopée auprès d’un vieil enfant lâché par ses attentes.

et je sus l’aube du troisième jour / comme si dans un souvenir / à peine en demi-teinte / veuves de nos lamentations / les nuées s’exhalaient à contre soupir / dans les marais saumâtres de l’oubli / où mon île portait / à bout de brasses déferlantes / le phare des errances

Michel Joiret
à propos de LE PÈLERIN DES AUBES suivi de SAVOIR L’AMER DES SABLES
in revue LE NON-DIT n° 62 — 04/2004

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LE RÉVOLUTIONNAIRE

Dès le titre, l’auteur déclare son attitude à l’égard des idées, de la société et des institutions. Parfois la velléité de rencontrer un homme qui soit un maître, mais cette idée est vite rejetée et anéantie.

Texte révolutionnaire rédigé avec une grande spontanéité et un dépouillement très poussé.

Émile Kesteman (†)
à propos de JE SOUSSIGNÉ REBELLE — in revue NOS LETTRES — 03/2004

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UNE THÉODICÉE

Le pèlerin des aubes a des accents bibliques. On y retrouve un dépouillement propre aux débuts des temps, où les représentations non dépourvues de grandeur revêtent quelque chose de primitif et de simple.

« Savoir l’amer des sables » offre à l’auteur de s’interroger sur le sens véritable de la poésie et de s’élever à des considérations relevant de la théodicée.

Les deux parties de l’œuvre sont précédées d’une fort belle préface de Jean Botquin qui dit des choses essentielles sur les drames que traverse le poète Michel Cliquet.

Émile Kesteman (†)
à propos de LE PÈLERIN DES AUBES suivi de SAVOIR L’AMER DES SABLES
in revue NOS LETTRES — 03/2004

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DES MOTS EN LITANIE

Le dernier recueil de Michel Cliquet se divise en deux parties. L’une, « Le pèlerin des aubes », forme une sorte de cantique composé d’une succession de versets dont les trois premiers vers sont systématiquement identiques. Ce ressassement engendre une forme de méditation progressive similaire à celle que suggère la lancinance de la musique répétitive de certains compositeurs américains ou pas mal de compositions traditionnelles asiatiques.

En lointaine référence au « Bateau ivre » de Rimbaud, le poète, solitaire en l’incertaine fluidité, se laisse voguer vers une nouvelle conscience de soi. Il traverse la mémoire et ses blessures, l’oubli et ses interrogations.

La seconde partie de l’œuvre s’intitule « Savoir l’amer des sables ». Elle prend des allures d’art poétique, tentant d’approcher le but et le contenu du poème. Elle se transforme en réflexion philosophique et religieuse au point, parfois, de quitter le lyrisme au profit d’un langage davantage argumentatif.

Le filigrane des textes se nomme solitude. Celle-ci semble s’incarner dans une présence au féminin, comme pour former un couple fusionnel avec l’homme qui la considère à l’instar d’une compagne quelque peu mystique. C’est pourquoi, sans doute, Michel Cliquet affirme sans détour que le bonheur peut seulement être rêvé.

Michel Voiturier
à propos de LE PÈLERIN DES AUBES suivi de SAVOIR L’AMER DES SABLES
in LE COURRIER DE L’ESCAUT — 06/05/2004

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LE PASSAGER CLANDESTIN

Il se fait que je reviens de Majorque. J’y ai beaucoup pensé à Michel Cliquet car je devais encore me préparer à cette présentation d’aujourd’hui. Il était dans nos bagages comme un passager clandestin. J’aurais voulu le chasser de mon esprit que je n’y serais pas parvenu. Mais, chose promise chose due : me voilà.

Nous avons fait le tour de l’île dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, ne réservant que trois heures de visite à le vieille ville de Palma. On ne peut empêcher le rêve de poursuivre sa route, le sien comme celui des autres. Ce voyage commença par une balade dans les salines où de grands échassiers barbotaient dans les marais. Voilà un endroit qui n’a rien de majorquin. Il lui aurait plu sans doute, lui qui s’est baptisé paludier des mirages. Le ciel était plombé et il pleuvait. Des cônes de sel semblaient nous barrer le chemin. En dix jours, nous avons fait neuf cents kilomètres de paysages où la terre et les montagnes épousent la mer, sans interruption. C’est Marianne qui conduisait la voiture de location, bien plus sûre en montagne que moi. Comme dans « Le pèlerin des aubes », la route du voyage tournait pour nous ramener à notre point de départ, c’est à dire le point d’où nous étions partis sachant bien que nous y reviendrions. Autant rester immobiles et fermer les yeux ? Pourquoi tout ce chemin parcouru, tous ces risques accumulés dans notre pèlerinage ? Le sait-il, lui qui émigre toujours plus loin sans te retourner, tout à tour pèlerin portant bourdon et besace, navigateur, plaisancier, explorateur, marcheur infatigable qui semble toujours fuir l’ombre de sa mémoire ou peut-être, oserais-je dire, de sa conscience ? Fuir les traces du passé, occire, comme il l’a écrit, cette fâcheuse empoisonneuse du souffle…

Est-ce au monastère de Lluc, où nous avons passé une nuit, que je me suis penché sur ce mot pèlerinage pour essayer de trouver le sens qu’il lui donnes ? Ferait-il un voyage chaque année à Lourdes, Saint-Jacques de Compostelle, Rome, Jérusalem, Fatima ou La Mecque, pour y trouver sa pierre de Ka’ba, sa Vierge Noire ou, plus plaisamment, la brune ou la blonde apparition fugitive, mais alors sans esprit ni vœu de retour contrairement aux pèlerinages bien conçus ?

Cliquet rime avec criquet, le criquet migrateur qu’on nomme aussi Pèlerin. Le Pèlerin est encore ce requin, énorme mais inoffensif, que l’on rencontre dans les eaux les plus profondes, celles où se trament, qui sait, les œuvres poétiques en un langage qui n’a d’égal que la transparence obscure des abysses. Solitaire en quête de sa part androgyne ? Saint en quête d’un dieu invisible ou improbable ? Pénitent impénitent ? Il faut de tout pour faire un monde, donc un peu de tout cela pour faire Cliquet…

Une chose me paraît certaine, le pèlerin Cliquet a un compte à régler avec la mémoire. À de nombreux endroits de son œuvre, la mémoire apparaît en effet comme une empêcheuse de rêver en rond. Dans « Le devoir d’inquiétude », dans « Le pèlerin des aubes » (arrachant mes yeux à l’eau triste de la mémoire), dans « Parole en transhumance » (mémoire / déracinée / impardonnable / déchirure) et, sans doute, dans d’autres textes encore dont je ne puis me souvenir… Penserait-il que, pour construire, il faut oublier le passé, le réduire, l’annuler ? On ne construit pas avec des lambeaux d’existence. Il faut faire table rase. D’autres que lui, par contre, ont le culte de la mémoire, s’y accrochent comme à une bouée, cherchent à reconstruire leur vie avec les souvenirs qu’ils amalgament, qu’ils cimentent pour leur donner une manière de cohérence. Avoir ou ne pas avoir le regard du passé. Dans la mesure où l’acte de la création est une naissance, il part de rien, d’un néant riche de toutes ses contradictions futures. Utopie ? Peut-être… Mais n’oublions pas que le présent de la création est le début d’un passé qu’il est impossible de renier. J’aimerais comprendre pourquoi le rejet de la mémoire permettrait ou faciliterait l’envol et la libération. Peut-on ignorer ce de quoi nous avons été faits avant de renaître ?

Le souvenir, à peine en demi-teinte… Pas plus. Juste de quoi ne pas couper le lien ombilical avec le passé qui paraît l’obscurcir. Vingt-deux fois il le répète : c’est dire combien la mémoire le poursuit malgré lui… Arrêtera-t-il de souffrir d’un passé qui le hante et qu’il refuse de reconnaître ? Peut-on être nomade sans oublier l’endroit où hier on a planté sa tente ? Je ne le crois pas…

La contradiction et la souffrance qui en résultent sont tellement fortes que le poème qui en jaillit ne peut qu’atteindre les cimes de la spiritualité. Il y a, dans ce long poème qui ressemble à une genèse prolongée au-delà des sept jours de la création, une telle intensité que le lecteur se tait, comme le pèlerin devant le portique de la Gloire, à Saint-Jacques de Compostelle…

Et l’aube ? L’aube est un vêtement d’innocence, l’aube est une palme qui recueille la force de l’eau dans la giration de la roue de la vie qui jamais ne s’arrête, l’aube ouvre la clarté du jour et porte le soleil sur ses ailes, l’aube annonce et nous fait renaître. Le pèlerin, qui sort d’un passé oublié, épouse toutes les aubes de son itinéraire pour progresser dans son accomplissement vers l’ultime fusion… Une espèce de Nirvâna bouddhique où s’éteindraient désirs et souffrances. Le bonheur ? Non pas, surtout pas… Le bonheur comme une honte bourgeoise et surannée… Oh, non !… Il ne veut pas en entendre parler. Il écrit dans « Savoir l’amer des sables » : le bonheur est un état de grâce instantané que favorise un concours de circonstances aléatoires et, plus loin, à quoi bon le poursuivre, le poète ne pourra qu’en rêver. Soit…

Cette réflexion traduit le débat ou le message de la deuxième partie du recueil. Les termes sont très clairs. Dans la vie, tout est éphémère, seule la poésie rend éternel l’instant qui disparaît. Vrai ou faux, peu importe, la question n’est pas là. La rédemption viendra de la poésie qui est d’essence divine. Est-ce vrai ? Peut-on l’espérer ? Le poète, lui, y croit et il a raison car nous sommes dans le domaine de la foi. En fait, si j’ai bien compris, c’est la poésie qui nous sauve, qui nous rachète de la vie et de ses péchés, de ses faiblesses et de ses abandons. La poésie opère une manière de purification, convertit en durée l’impermanence des émotions. Si l’homme n’est éternel, son œuvre, elle, durera, entrera au ciel rejoindre les anges. Et, bien sûr, cette métempsycose ne peut se faire que dans la solitude méditative du créateur.

Ces deux textes sont importants. Ils éclairent la démarche de Michel Cliquet. En quelque sorte, ils forment une synthèse des temps forts de l’œuvre de ce poète-éditeur-sculpteur de talent.

Jean Botquin
à propos de LE PÈLERIN DES AUBES suivi de SAVOIR L’AMER DES SABLES
12/06/2004

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CARREFOUR DES RUPTURES

Depuis le jour où j’ai approché son œuvre, Michel Cliquet m’est apparu comme un poète naturellement harmonieux. J’entends par là qu’il chante en poésie comme il respire, obéissant, semble-t-il, à sa nature, en digne disciple d’Apollon. Mais voilà : la poésie ne va pas nécessairement au fil des jours, au rythme, à la scansion flux et reflux de l’inspiration-expiration, pas plus qu’elle ne se caractérise seulement par la rupture, la crise. En réalité, et en schématisant un peu, on pourrait dire que là est l’alchimie poétique, entre respiration et rupture, entre, par exemple, Lamartine et Rimbaud : le don est dans la respiration, la flamme dans la rupture et, à marier au mieux l’une et l’autre, se juge la grande réussite poétique. Michel Cliquet m’a toujours paru doté des ressources musicales d’un Orphée. Mais Orphée trouve son génie poétique dans l’épreuve, à la mort d’Eurydice, qu’il ira chercher dans les Enfers et son entreprise échouera. J’ai vu l’épreuve aussi à l’œuvre dans « Le jardin sous les brumes », mais différente, évidemment, quoique aussi cruciale, tout bien considéré, tournant autour du cycle rencontre–séparation–silence. En fait, c’est la vie recommencée, relancée au carrefour des ruptures, je cite : “une vie me quittait et s’en venait une autre” et ceci : “puis le néant / talons tournés / solitude glacée sous le soleil”.

Dans ce livre, la magie de l’écriture épouse parfaitement la destinée du poète en ce qu’il rend compte d’une séquence essentielle et répétée de sa vie, en notations poignantes, d’un pas qui ne faiblit pas, jusqu’à son terme, de l’attente à la quête, de celle-ci au silence enfin. J’ajoute, pour comble de séduction, en vrai champion de la quête sentimentale courtoise, que le “je” toujours présent du poète vouvoie spontanément sa partenaire, mariant la distance avec la proximité la plus brûlante. On peut dire également que le vaste monde se révèle au poète dans la joute d’amour sans laquelle, comme il le dit si bien, on peut penser qu’un regard se détourne et l’univers s’éteint : c’est la poétique amoureuse du ver luisant.

Pour en venir maintenant à « Une poétique de la solitude ? », notes saisies lors d’un entretien avec Michel Voiturier en avril 2004, qui a le grand mérite d’entendre le poète s’exprimer sur son Art, et texte en phase, me semble-t-il, avec le propos de « La solitude de l’esprit », livre de Jacqueline Kelen dont je cite cette phrase : “La plupart des hommes sont des compagnons de servitude. Il s’agit de devenir des compagnons de solitude”. J’ai beaucoup aimé les thèmes de ce texte. Mais, dans un premier temps, j’ai été, il est vrai, un peu surpris par le ton très énonciatif de ces pages sans nulle place pour le douteux ni pour le questionnement. Pages résolument spiritualistes où Dieu a sa place (évanescence et impermanence… la solitude et le silence intérieur sont les voies royales). Non seulement notre poète suit la trace du Bouddha, mais il est en quelque sorte le saint de Dieu, sa réplique. Dans le poème, dit-il, seul importe l’à-construire, l’à-créer.

Jean-Louis Crousse (†)
à propos de LE JARDIN SOUS LES BRUMES suivi de AUX LÈVRES DE L’ORANTE
12/06/2004

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L’ANAPHORE SERPENTINE

au commencement / je sus l’aube du premier jour / comme si dans un souvenir / à peine en demi-teinte / libéré de mes racines / dépouillé de son aubier / mon arbre devenait pirogue

C’est de ce poème liminaire que semble découler tous les autres qui, page après page, déroulent leur spirale de nacre. Une seule phrase, marquée par l’anaphore, serpentine, lente et douce comme un reposoir. Elle charrie des mots drus et nets, charnus, dont les strates sémantiques déposent leurs cendres en nous. De là renaissent images et sensations que les dessins d’Anie Gaukema fixent, suggèrent, amplifient malgré — ou peut-être grâce à — leur petit format. Mélancolie et joie, douleurs et résurrection alternent en cette première partie, très justement intitulée « Pèlerin des aubes ».

« Savoir l’amer des sables » évoque, lui, l’amour et la solitude du poète. Je veux écrire aimer / simplement / comme font les enfants. Rien de plus difficile que ce simplement, car la simplicité se doit d’être doublée d’une force irréductible. Ce n’est pas toujours le cas dans cette seconde partie où le poète veux, trop souvent, expliquer la démarche poétique. Oui, le poème est lieu de vie. Mais est-il faux d’affirmer : Oui le poète est à l’image de Dieu ?

Le lecteur sera touché par le thème de la solitude où l’auteur de Parole en transhumance note :

Solitude je viens / au blanc pays de tes merveilles / quérir le nom du monde / me livrer à l’amer de tes sables / au tendre de tes paumes / en cette nuit muette

Ce volume, superbement édité, offre une couverture en couleurs où l’art minimaliste de Annie Gaukema fait merveille !

Béatrice Libert
à propos de LE PÈLERIN DES AUBES suivi de SAVOIR L’AMER DES SABLES
in revue L’ARBRE À PAROLES — 09/2004

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BIJOUX DE PIERRE AU JARDIN

Afin de prendre sa valeur, son ampleur, une sculpture doit, la plupart du temps, trouver un espace d’intégration au sein duquel elle est susceptible de prendre sa plénitude spatiale. Le plus souvent, c’est un jardin ou c’est un parc qui lui vont le mieux. C’est donc à l’ancien Séminaire de Choiseul, près de la Maison Folie tournaisienne, sur l’aire aménagée en paysage floral et végétal, que Michel Cliquet a disposé ses œuvres.

Élève à l’académie des Beaux-Arts de la rue de l’Hôpital, mais aussi poète et éditeur, il travaille le minéral en vue de le façonner à la manière de bijoux. Les formats choisis sont, en effet et contrairement à d’autres de ses productions, plutôt petits, discrets. Ils sont déposés entre des plantes ou au coin des allées, voire au centre d’un plan d’eau.

Ceci, et leur nombre restreint, permet d’en jouir à l’aise autant que de leur environnement. Plusieurs d’entre elles déclinent le duo. Soit en mettant côte à côte deux masses, soit en les accolant. Ainsi naissent des images de couple plutôt que de dualité.

Les éléments conservent cependant chacun leur identité, leur personnalité. Ici, une double architecture s’accouple ; une tour ronde et une autre davantage quadrangulaire. Là, un ensemble fusionnel, quasiment siamois. Au milieu d’un bassin, des stèles font la paire, dressées non l’une contre l’autre mais face à face comme pour un affrontement attendri.

Selon l’angle sous lequel on les observe, on s’aperçoit que chaque composition joue de l’alternance entre le lisse et le granuleux, entre le poli et le martelé, entre le coupé net et l’ébréché. Ces balises de pierre suggèrent à leur façon, à la façon de l’artiste, les déroulements successifs de l’existence avec ses moments de caresses et de blessures.

Des statuettes esseulées ont pris l’apparence de coquille de mollusque, de niche sexuée. Selon les mêmes principes binaires, elles posent leur présence sobre à même le socle. Elles procèdent d’une similaire sensualité. Elles savent des courbes tactiles, des galbes potelés, des sinuosités souples. Elles sont conçues tant pour l’œil que pour la paume.

Michel Voiturier
à propos de l’exposition de sculpture dans les Jardins de Choiseul à Tournai
du 01/07 au 31/12/2004
in LE COURRIER DE L’ESCAUT — 24/08/2004

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L’ÉMERVEILLEMENT POÉTIQUE

Le recueil a été édité avec l’aide du Centre National du Livre (France). La présentation graphique est d’Alain Winance et l’excellente préface, d’Anne-Marie Derèse. La disposition des strophes suscite une attention accrue de l’œil. Cette poésie de Michel Cliquet a recours à des éléments très simples et au silence, pour préserver l’émerveillement poétique. On pourrait parler d’un certain minimalisme, qui atteint un maximum d’intensité, digne de quelques poètes tournaisiens qui ont fait qui ont fait leurs preuves, tels Michel Voiturier et Colette Nys-Mazure. Comme toujours chez Michel Cliquet, une sensualité raffinée sous-tend l’inspiration.

Émile Kesteman (†)
à propos de PAROLE EN TRANSHUMANCE
in revue NOS LETTRES — 09/2004

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DANS LES RETS DE LA MÉMOIRE

« LE JARDIN SOUS LES BRUMES »

Michel Cliquet s’est débarrassé de toute rhétorique. Sa poésie devient intensité pure et silence, mystère et frémissement. Si les yeux de l’amante scintillent dans les ténèbres, ces lucioles peuvent avoir perdu toute luminosité à l’aube. Le poète se débat dans les rets de la mémoire et préfère rejeter les faix du souvenir. Sans cesse il recherche la paix du cœur et est séduit par la nouveauté de la découverte. Mais que de fois doit-il se réfugier dans l’isolement et la méditation, entre le brin d’herbe de la pelouse et le vol d’oiseau dans le ciel.

« AUX LÈVRES DE L’ORANTE »

Astarté (Ashtart ou Ishtar) est une divinité phénicienne qui s’est intégrés dans l’imaginaire hellénique sous le nom d’Aphrodite. Elle donnait lieu à un culte licencieux par-delà le mal et le bien. Ce long poème qui termine le recueil de Michel Cliquet évoque les accents d’orchidée et la tendresse émue. Le poète prend conscience de la fragilité de l’instant et s’y complaît. Il aime tressaillir en se promenant par les chemins creux. L’ensemble du recueil est précédé d’une préface pénétrante de Jean-Louis Crousse (†) et suivi d’un bref point de vue de Paul André.

Émile Kesteman (†)
à propos de LE JARDIN SOUS LES BRUMES suivi de AUX LÈVRES DE L’ORANTE
in revue NOS LETTRES — 09/2004

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PROPHÉTIQUE ET VISIONNAIRE

C’est un ouvrage de près de cinq cents pages consacré aux écrits du jeune poète Michel Cliquet. Je le qualifie de « jeune »… et pourtant il frise déjà la soixantaine. Pour ce faire, j’ai de bonnes raisons. Michel Cliquet ne cesse d’évoluer, de se renouveler. Il a évolué vers plus de dépouillement et abandonne toute rhétorique quand il se délecte dans le jardin de la poésie. Ici, il trouve son véritable lieu.

Ce fort volume s’ouvre par un magnifique portrait de l’auteur, dessiné par un maître dans ce domaine : Émile Mayens. Puis vient un avant-propos où le poète déclare :

le poète est un révolutionnaire / tutoyant les étoiles / je suis un révolutionnaire / puisque faire la révolution / c’est bouleverser un ordre établi / pour permettre la venue d’un autre monde / et s’effacer pour laisser place à celui-ci / et je te regarde / ô mon étoile

Il y a chez notre auteur – un peu nomade sur les bords – quelque chose de prophétique et de visionnaire, mais aussi une capacité de repli sur lui-même qui le pousse à écrire :

la poésie est ministère de solitude et de silence / je m’efface donc et laisse parler les mots pour moi

Oui, un vrai écrivain, qui s’est dégagé des phrases et des circonvolutions qui l’embarrassaient et le bâillonnaient. L’homme Cliquet laisse parler l’écrivain en lui et se mue en météore traversant les espaces.

Le Tome 1 comprend des informations et des impressions de critiques (Georgette Purnôde, Jacques Oriol, André Delay, Dominique de Wespin, Luc Norin, André Miguel, Roger Cantraine, Jean-Luc Dubart, Barbara Flamand, Jean Botquin, Gérard Cléry, Marcel Hennart, Michel Voiturier, Anne-Marie Derèse, Jean-Louis Crousse (†), Raymond Quinot, Michel Joiret, Béatrice Libert, etc.).

Le Tome 2 présente les textes en prose de l’auteur et parfois un conte en vers.

Au Tome 3 vous découvrez ses chansons.

Une femme qui m’aime ; Venez amphitryons ; Douce colombe (musique : Suzanne Ferry)…

Le Tome 4 enfin aborde sa poésie.

Gestuelle / sensuelle / ô cerise / insoumise / je déflore / votre amphore / qui séduit / et s’enfuit / aux cimaises / des falaises

Dans cette véritable monographie sur Michel Cliquet, l’homme a déposé son masque et se montre tel qu’il est :

tu viens… ? / je suis un courant d’air / je suis un fruit défendu

Émile Kesteman (†)
à propos de PALUDIER DES MIRAGES (première édition)
in revue NOS LETTRES — 09/2004

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SEUL POUR MIEUX SE CONNAÎTRE

Ce recueil évoque le rapport existant entre l’être et l’univers : Et je sus l’aube du huitième jour / comme si dans un souvenir / à peine en demi-teinte / en équilibriste perpétuel / l’être reprenait son périple / sur le fil d’Ariane du temps / avec le cosmos pour ultime demeure. Michel Cliquet opère un voyage au centre de lui-même et plante le décor d’une poésie à même de conjurer la détresse et la mort tout en répondant à l’appel de l’amour : … cependant que le chœur des nuées / clamait le cantique du renaître. Toujours en quête de lui-même et d’absolu, au risque de se brûler les ailes, il est en quête d’un lieu où le cœur disjoncte, la passion s’exaspère et les frontières explosent. En quête de spiritualité aussi : loin devant / était comme / loin derrière / et ne respirait / que l’ici / maintenant, tant le cosmos, l’Être, la nature (ciel, mer, terre) semblent être au centre de ses préoccupations. Célébrant l’infinité de l’Être et du monde, il s’arrime à la flamme d’un regard portant les stigmates d’une échappée belle et navigue en permanence dans les eaux claires du mystère qui nous traverse : le jour s’avance / je le suis / sans relâche au papier je confie le vol / du corbeau blanc de mes éclipses / son ombre caresse mes silences.

Cliquet parle au nom d’une pensée qui s’imprime dans l’inconnu et effectue en permanence des petits pas vers une réalité à faire. Se désengageant vis-à-vis de tout ce qui l’asservit, son regard descend l’escalier d’une vision qui déclame le merveilleux en permanence et crée de toute pièce un nouveau monde, même si, parfois, le doute et le désespoir viennent s’insinuer dans les régions sensibles de son (grand) cœur…

Et je sus l’aube du vingtième jour / comme si dans un souvenir / à peine en demi-teinte / s’évanouissaient murailles et palais / temples et jardins  /fontaines et chemins / et s’effaçait de terre / toute trace de l’homme

Pierre Schroven
à propos de LE PÈLERIN DES AUBES suivi de SAVOIR L’AMER DES SABLES
in revue REMUE-MÉNINGES n°31 — 12/2004

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MÉDITATION SUR LA VIE

Ce recueil constitue une sorte de méditation sur la vie et décrit les rapports existant entre l’homme et la nature. Vivifiant le désir d’amour, Michel Cliquet nous communique sa fièvre d’exister et son sentiment de solitude : … je reviens au banc solitaire / éparpiller ma rêverie entre le chagrin des roses / et la tristesse du chemin ; il s’invente à travers les herbes endormies / un brin de vie / émerveillé. Recueil à résonance à la fois érotique et mystique : je hissais votre nom / colombe / en artimon de ma frégate / pour voguer d’île en île / dans l’archipel du désir. Chaque mot semble semer dans le langage les graines d’un contre-monde, creusant en nous une énigme d’une densité extrême susceptible d’ouvrir les caves de notre être secret à l’air de l’impossible. Traversant le tissu des évidences quotidiennes, le poète met sa vie en question et cherche un nouveau rapport au monde pour ouvrir un chemin, voire révéler une terre grouillant de vies multiples. Poésie dont le regard est sans cesse tourné vers le mystère de l’amour. Poésie ressuscitant le secret perdu d’un monde par où filtre un au-delà intense…

Alors la lune / vestale de mes songes / pudiquement se voile  /et pose l’artifice / d’un parfum d’étoile / sur le silence de la page

Pierre Schroven
à propos de LE JARDIN SOUS LES BRUMES suivi de AUX LÈVRES DE L’ORANTE
in revue REMUE-MÉNINGES n°31 — 12/2004

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DÉCOCTION DU SILENCE

Sublimer le sublime subliminal…

J’aime grandement cette distillation du silence et de l’absence.

Cela se concocte (Chavée aurait parlé de décoction) en sourdine grave et gravée de pépites d’or, secrètes sécrétions dédiées à l’absente au plus-que-présent, liquides subliminaux des corps-poèmes enlacés de leur défaite même.

Le feu couve, l’attente est sublimée, nous impose d’être au-delà de la cendre, rend la solitude à l’échange, cristallise les astres intérieurs en instants sublimes.

Ce livre est la demeure somptueuse de cela qui est, de cela qui en son propre passé advient en amont du JE en l’autre, de l’autre en soi.

L’édition est superbe, subtile et rare en sa plastique parfaitement accordée au fond de la pensée de l’auteur.

Jacques Dapoz
à propos de LE VIDE, LA PLAINTE — 10/03/2005

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DÉSIRANCE

Désirance.
Entre désir et errance, courbes et voûte céleste,
feu et paroles secrètes, volupté et parade amoureuse.

Désirance.
L’amour charnel n’oublie rien du monde ni des élans intérieurs.
Il les réinvente par la caresse, la contemplation des corps, le miel de l’extase.
Il scande l’histoire intime des amants et sème un jardin là où poussaient des pierres.

Désirance.
Ève prend Adam et recrée la fusion originelle.
Il est un paradis aux senteurs boisées comme un sexe de femme.

Désirance.
L’amant est généreux.
Sa gourmandise est belle.
Sur la peau de l’aimée, le désir est lumière et parole bue.
Amour courtois où le vous, en singulier pluriel, supplante le tu.

Désirance.
Le corps est un fruit convoité où s’abîmer enfin dans l’in-connaissance.
Où se délivrer de soi.
De ce qui, jamais, ne fut dit.
De ce que, jamais, on n’osa.
Pour être nu.
Enfin.
Et libre, de surcroît, dans l’extase des recommencements.

Je vous prendrai comme aucun amant jamais ne vous prit.
Les yeux fermés, nous verrons ce que s’interdisent ceux que la lucidité aveugle.
Je vous pénétrerai au nom de tous les hommes.
Et je ramènerai du fond de votre chair une femme nouvelle à notre éternité.

Béatrice Libert
Préface pour LA LOUVE DÉVOILÉE — 2012

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CARRÉS DE DAME

Ce nouveau recueil fait suite à La Louve Dévoilée qui recelait déjà de très beaux textes d’un érotisme élégant et contenu, illustrés par un artiste photographe inspiré.

On peut considérer qu’il s’agit d’une suite réelle au poème précédent, ou encore d’un nouveau tome d’une saga poétique consacrée à l’amour charnel appelé à se renouveler au gré des circonstances de la vie.

Cependant, si rien, en essence, ne différencie ce texte des précédents, on constate avec plaisir et intérêt que Michel Cliquet, cette fois-ci, l’a illustré lui-même, prouvant une fois de plus la diversité de ses approches artistiques en offrant au lecteur, de plus, un accent de vérité complémentaire.

Nous assistons ainsi au développement simultané de la perception réelle d’un modèle sous de nombreux fragments particulièrement sensibles et émouvants et les métaphores poétiques d’une écriture superbe qui les traduisent.

Avoir sous les yeux, en même temps, les détails d’un corps perçus par la personne qui laissera, ensuite, courir sa plume pour nous faire entrer dans l’intimité et la pudeur de ce qu’il nous dévoile, relève d’un art consommé.

Le lecteur ne peut rester insensible aux beautés de ce monde, auquel le poète Cliquet l’initie aussi joliment.

Voici donc, dans les pages qui suivent, la femme une nouvelle fois adorée charnellement jusque dans les fibres de son âme, dans toute sa féminité visible et invisible.

Voici donc le désir de ce corps à l’origine du monde mais aussi de ses tentations indispensables à sa durabilité, magnifié par un poète démiurge de la femme qui ne cessera jamais de l’invoquer jusqu’à la fin des temps, qui inlassablement continuera à semer chaque matin un grain de luminance d’où germera la fleur de clarté vénérée entre silence et ombre.

Jean Botquin
préface pour CARRÉS DE DAME — 2013

LA VÉNÉRATION

Regardez La Regardante, la vénérée, l’absolue, la fiévreuse. Caressez les mots de Michel Cliquet. Ils déchireront votre âme de cet amour interdit. Ses mots viendront vers vous imprégnés d’elle, de la lumière qu’elle porte. Il sera sa force et son danger. Elle sera sa dague, son silence pleurant des larmes sanglantes, sa délicieuse déchirure. Elle guette, capte, transperce. Vigie, elle capture l’espace et

son sourire fleurit la margelle des nuits

Savourez La Regardante.

tout le jour lui apprendre qu’elle n’est point de marbre
mais source chaude et feu de lave bouillonnante

Michel Cliquet combat l’attente toujours recommencée et la passion jaillit incoercible, totale, brûlante. Il devient le pèlerin d’un jardin des délices, d’un Eden promis. La sainteté auréole La Regardante. Michel dans un besoin de contrition, la vénère comme une déesse antique. Le péché glisse sur sa conscience comme un venin liquoreux. Cliquet projette le tragique dans l’apothéose. Quelque chose d’infini éclabousse l’air. L’absolu demeure dans l’éternité. Tels Shakespeare, Wagner ou Corneille, l’histoire est éternelle, même si elle prend fin. Cet amour a existé donc il existera.

toute nuit
blanche ou noire
entre l’ombre de ses mains et la brûlure de ses regards
tout à elle sans partage

Cherchez La Regardante, dans le regard de ce donneur de désir, ce donneur de plaisir, de cet homme dont je voudrais exalter sa recherche inlassable en lui-même. Michel Cliquet marche vers le graal qu’il porte en lui. Ce miel intérieur lui donne un dépouillement qui est une richesse, lui donne la force d’accepter les déchirures et les fragilités qui fustigent tout ce qui est vivant. Il fait de l’autre sa propre vérité. Il vénère la femme à qui il donne jouissance.

nos jeux nous élèvent aux terrasses du ciel

Et le remords se joue des amants.

je ne survivrais pas au remords qui menace

Pourtant la passion brûle, dévore, enjambe les chemins de droiture. La passion est féroce, une transfusion dans l’âme et l’esprit. Les corps ne peuvent que répondre à l’appel. Les corps fondus l’un dans l’autre atteignent une autre dimension. Un espace inconnu. Ils ne peuvent être coupables de ce qui les dépasse. Les serments de sagesse recroquevillés comme feuilles d’automne n’ont plus rien que le vent pour dernier courage.

une dernière fois
la Regardante a coulé son corps entre mes paumes

Michel Cliquet se compare à un prédateur féroce mais n’est-il pas, lui aussi, pris au piège, vaincu par une voracité jumelle. La passion est une bourrelle sans pitié ! Cliquet dresse des barreaux brûlants, infranchissables, il exhorte La Regardante, il l’en conjure d’avoir la force d’âme de rejoindre la douceur d’un toit familial. La torture s’insinue dans les parties les plus fragiles du corps. La douleur a des doigts si longs, si aigus, si pervers que leurs chairs en sont humiliées.

profondément
en nos abysses
nous sommes un
et l’absence nous ronge

La Regardante, captivante captive, adhère à la rédemption qui lui est suggérée par les paroles sacrées de l’aimé
nous partageons la foi en une douce rédemption
plus loin

mais y parviendrons-nous sans faillir

Vaincre la passion, vaincre l’amour et nous voilà dans une guerre sainte. Il y a toujours un peu de sang dans les mains des guerriers. Le sang du désir et de la peur.

j’attends ses mots
avec la foi des marins au long cours

Oui, Cliquet est un voyageur au long cours, un voyageur de l’âme et de la matière. Ses mains sont voyageuses sur la pierre qu’il taille, sur la terre qu’il moule, sur la femme qu’il façonne, qu’il caresse dans ses chemins secrets, sur la femme qu’il comble et qui revient avec les vagues d’un pays d’extase, une femme nouvelle et comblée. Et lui le passeur de plaisir lui montre un chemin de lui seul connu.

sur la mer calmée les vents sont retombés

Et Cliquet descend en lui, dans les abysses de l’âme et du corps, il jette aux corbeaux une proie pantelante, il fore ses entrailles d’homme. Il descend plus profondément encore, il rencontre sa vérité, il croise la femme captivée et captive, il s’interroge, sa souffrance n’a d’égale que la sienne, ils marchent, elle et lui, en silence dans le noir parfait,

le silence est musique dit-elle

La souffrance est tragique et délicieuse, main dans la main, ils prient un dieu inconnu car ils ont peur de ne plus souffrir. Et Michel Cliquet de conclure dans ce très beau poème :

non je n’aime guère La Regardante
il ne s’agit point d’amour
mais bien davantage d’une vénération absolue
dont je suis possédé des tréfonds aux phanères

Michel, tes écrits ont un pouvoir insondable, un parfum puissant. Tu parles et tes paroles resteront gravées dans la mémoire collective. Tu rejoins les abysses et nous voilà complices d’un monde qui délie et délivre. Il y a en toi un questionnement continuel, un embrasement, une empathie. Tu te débarrasses du manteau des convenances pour ne garder que l’essentiel. Tu formes en toi l’embryon de la pureté et ta nouvelle liberté est liée aux merveilles de la nature. Tu pries la divinité de l’amour, tu gommes les inutilités, les fausses pudeurs et tu mets au monde des instants fluides, transparents, exempts de scories. La Regardante porte sur ta création un regard scrutateur, attentif, elle calque ta différence pour la faire sienne. Ce qui sort de tes mains artisanes, obéissantes aux ordres des instincts, fécondera tes certitudes. Ta création défie le créateur.

ainsi les mots dissous dans la tombe liquide
s’en iront nonchalants
répandre sur la terre
le parfum de nos songes

Anne-Marie Derèse
préface pour LA REGARDANTE — 2013

GOUFFRES ET ORAGES DE LA PASSION

Revenu à Tournai après quelques années liégeoises, le poète Michel Cliquet vient de publier deux ouvrages illustrés de photographies. Responsable des éditions de l’Acanthe, Michel Cliquet est également sculpteur, photographe et écrivain. Lors de la récente Nuit de l’Accordéon, son travail de plein air « Vibratos de lumière », en compagnie de Marion Trentesaux, a donné une touche insolite à la fête.

Carrés de dame

Après le poème chronique « La Louve dévoilée », publié l’an dernier, l’auteur poursuit son itinéraire centré sur le désir de communiquer avec l’amante, la compagne. Le livre « Carrés de dame », préfacé par Jean Botquin, prend la forme d’une tendre et plaisante missive. « Pour vous je chasserai dans le gris du silence / l’aveu des soirs trop longs et des nuits solitaires / en mots de feu je tracerai sur vos banquises / le cercle de l’alliance en gage de toujours. » Des quatrains filent doux, laissant une place au silence, à la photographie impressionniste. Les images suggèrent plus qu’elles ne disent, en ces instants d’approche discrète, harmonieuse. L’écrivain vouvoie sa complice, la célèbre en métaphores charmantes, comme en ces temps chevaleresques qui ont toujours cours aujourd’hui, jusqu’à la mise en garde : «mains maraudeuses / sachez retenir vos impudeurs / à l’orée de la forêt fantasque / où toute raison s’égare ».

La Regardante

« La Regardante » s’aventure dans les gouffres et orages de la passion, la bien nommée. Ici, détresse et adoration conjuguent leurs armes littéraires. Dans la préface, Anne-Marie Derèse traque les abîmes d’un amour, de la perte : « La souffrance est tragique et délicieuse, main dans la main, ils prient un dieu inconnu car ils ont peur de ne plus souffrir. » Conçu comme un récit poétique, le texte se veut résolument fluvial et dense. Les mots se succèdent, mais aussi les phrases en quatrains dont les rythmes diffèrent d’une vague à une autre. L’artiste la nomme, la Regardante, « elle qui allant aux extrêmes des choses / use jusqu’à l’assise des chemins empruntés / plaçant une à une ses cartes à jouer / pour bâtir le castel dont nous rêvons désormais de concert ». Tour à tour « ma maison, mon refuge » et « caravelle fière au mât brisé par la tempête », elle se révèle également dans des portraits photographiques de l’auteur, en clair-obscur.

Françoise Lison-Leroy
à propos de CARRÉS DE DAME et de LA REGARDANTE
in journal L’AVENIR — 9/9/2013


LA PUISSANCE ÉCARTELÉE

Pour qui a déjà eu l’occasion de se frotter à l’univers poétique de Michel Cliquet, nul doute que le thème de la Femme éternelle y occupe une place des plus éminentes. Le lecteur d’« En ravissance d’elle » ne s’étonnera dès lors guère de retrouver au fil de ces pages une énième tentative d’en cartographier les improbables territoires, d’en circonscrire les multiples sortilèges, bref de pénétrer les indicibles abysses de l’Âme féminine.

Attention cependant : si ça et là s’élève la complainte antique et puissante du mal-aimé, la Femme se révèle ici davantage possédée que possédante : « son doigt effleure mon échine / ma main son entre-cuisses », « pas un de ses cheveux n’est vierge de ma main ». L’amour évoqué dans ce recueil ne craint pas de s’accomplir dans l’acte de chair lui-même, et le désir peut librement venir s’abreuver à la source de sa propre infinitude que constitue le corps de l’Aimée.

N’en déduisons toutefois pas trop vite que cette dernière se révèle d’un consentement facile. Si « elle est douce peut-être », cette apparente suavité masque mal une dureté confinant parfois à la férocité. Tantôt « louve harassante », tantôt « reine des songes pantelants », l’amante conquise n’hésite pas à monnayer chèrement l’éphémère obole de son Corps, faisant de l’aède amoureux l’un de ces « misérables gueux » que nul soleil n’éclaire désormais.

Reine castratrice ou vierge assouvissante ? Créature infernale ou archange de lumière ? L’éternel féminin se pare ici d’une ambivalence où se reflètent peut-être les sentiments contradictoires de l’auteur à son encontre. Quoi qu’il en soit, c’est sans doute cette tension permanente entre satiété et famine, tendresse et cruauté, éblouissement et ténèbres qui confère à l’écriture de Michel Cliquet toute sa puissance écartelée. Mais si au fil de ces vers, le logos se révèle imprégné en profondeur d’une dualité quasi existentielle, n’est-ce pas après tout parce qu’il rejoint par là-même le mystère par excellence que constitue la Femme ?…

Louis Mathoux
préface pour EN RAVISSANCE D’ELLE — 2013

LES GRAINES D’ARC-EN-CIEL

On voit rarement les fleurs s’ouvrir. Souvent, on les voit fermées, au petit matin. On sait qu’elles vont s’ouvrir. On attend. On observe. Mais rien ne se passe. À peine a-t-on fait le tour de la maison, qu’un soleil est venu. Les fleurs, entretemps, se sont ouvertes. Michel Cliquet est ce soleil. Il explore le silence entre l’empreinte digitale et la peau. Il capture l’instant atomique. De ces voyages, il revient. Alors, il nous offre l’or. De son souffle, au plus sensible, il essaime les poussières d’or. Très doucement. Les poussières d’or passent devant nos yeux. Elles deviennent graines d’arc-en-ciel. On voit rarement les fleurs s’ouvrir. Michel Cliquet guide nos yeux où nous sommes aveugles. En très haut instant de grâce.

Benoît Coppée
préface pour DE LYS EN DIGITALE — 201
3

MICHEL CLIQUET & LA FEMME ÉTERNELLE

L’année 2013 fut féconde, prolifique même, pour le poète Michel Cliquet (né à Bruxelles, 1947). Excellent représentant de ce que l’on pourrait appeler le classicisme du vers libre (se distançant fort heureusement de l’hermétisme prétentieux et du minimalisme trompeur), Cliquet vient en effet de publier, coup sur coup, quatre recueils de poèmes en 2013, un par saison. Il s’agit d’ouvrages (fort joliment édités) de 60 pages chacun, agrémentés de photographies (noir et blanc) de l’auteur, photos montrant (ou plutôt évoquant) des parties diverses du corps féminin dénudé. Je dirai en passant que je n’aime pas trop le format carré choisi (20 centimètres de côté), mais c’est affaire de goût. Et, en poésie, c’est tout de même le texte qui compte. Et le texte de Cliquet est poétique, c’est-à-dire l’œuvre d’un artiste qui sculpte ses phrases comme à la gouge, en évitant le trop explicite, mais sans tomber dans l’hermétisme pédantesque. Pour Cliquet, un chat est un chat, et le sexe de la femme est « creuset de son ventre », quand celui de l’homme est une hampe qui « pleure une cire laiteuse ».

Car il s’agit d’érotisme, on le comprend au premier coup d’oeil s’attardant à l’une ou l’autre photo. Les titres sont La Louve dévoilée, De lys en digitaleEn ravissance d’elleLa regardante, et Carrés de dame. Le poète a choisi de demander à cinq poètes belges de préfacer les recueils, et l’on peut lire ainsi les appréciations louangeuses de Béatrice Libert (1952) : « l’amant est généreux ; sa gourmandise est belle… », de Jean Botquin (1932), qui définit bien le sujet de la quête poétique de Cliquet : « la femme une nouvelle fois adorée charnellement jusque dans les fibres de son âme », d’Anne-Marie Derèse (1938), qui nous présente Cliquet comme « le pèlerin d’un jardin des délices » (pèlerin pas trop chaste, me semble-t-il), de Benoît Coppée (1964) : « Michel Cliquet guide nos yeux où nous sommes aveugles », de Louis Mathoux (1970), qui nous dit l’importance du « thème de la Femme éternelle » dans l’œuvre du poète, qui nous entraîne dans « les indicibles abysses de l’âme féminine » (sacré Mathoux, il pense que les femmes ont une âme) et nous approche du « mystère par excellence que constitue la Femme ».

La qualité de la poésie dans les cinq recueils est égale et élevée, et le pentaptyque ainsi édité (chez l’Auteur) forme comme les cinq évangiles de la femme-mystère. Saintes écritures, ou plutôt joyeuses écritures que les adeptes du culte de la Femme (surtout les pratiquants) apprécieront. Quant aux misogynes, peut-être reverront-ils leur position.

Jean Baudet
présentation de l’auteur — janvier 2014

AUX PORTES DU SILENCE

Le désert nous fascine et dans nos âmes en quête, il étend son étrange pouvoir d’attraction. Quand on s’y confronte, il se révèle puissant et fragile, vide et peuplé, tendre et âpre. Il émeut les cœurs et fatigue les corps, il nous berce et nous secoue.

Michel Cliquet l’a compris, à l’évidence. Il a absorbé le rude et le doux, a goûté le présent et compris les traces millénaires des vies que le vent toujours efface, il a touché les limites et est revenu au centre. En deux semaines, il a traversé ses mille déserts et fait d’une expérience première une infinité de vécus, qu’il nous livre avec pudeur dans un texte ciselé, bercé de poésie et d’humour, avec un désir de partager chaque facette de son aventure terrestre mais aussi intérieure, dont les vagues ondulent encore longtemps après, comme le souvenir des dunes dans nos esprits ressourcés.

Il raconte le désert des origines, voyage en soi-même, source d’énergie positive, rencontre avec son moi profond, lieu de silence nourricier où nos âmes bousculées par la frénésie de nos vies d’occidentaux peuvent enfin se poser, s’interroger et évoluer. Le désert dont on ramène en son sein de si beaux moments d’émotion, références engrangées qui balisent ensuite notre chemin.

Il apprécie le désert des hommes, Touareg sensibles et fiers, peuple du vent, hommes libres, qu’ils soient nobles ou guerriers, pasteurs ou chameliers, leur corps délié flottant sous les voiles, ils savent, ils sentent, ils voient, ils veillent sur nous, ils ont tant à nous apprendre. C’est le désert de la vie, du lien avec des amis, de passage et d’éternité, qui nous enseignent un art de vivre dont on garde quelques sages leçons.

Il sent le désert romantique, espace de rêve, mystérieuse séduction, beauté lunaire et douce sensualité des dunes, sable tiède et courbes féminines, pitons phalliques et âpreté des rochers burinés par les vents, tendresse d’un petit lac d’eau chaude et salée, caché au creux de dunes roses et bordé d’un friselis de roseaux ondoyants. C’est le chant des ergs et des regs, dont il empoche sable, roches et fossiles.

Il savoure le désert de toutes les aventures, des jeeps ensablées, des moteurs qui crament, des vipères et des scorpions, des tempêtes qui nous recroquevillent comme des scarabées, du soleil qui dicte ses lois et des promenades vespérales qui le perdent au bord d’obscures falaises. Il se rit des dangers qui ne sont que fugaces soucis.

Entre facéties et fascinations, le Sahara agit comme un révélateur, à sa mesure et démesure, il est le théâtre de nos désirs autant que la piste d’atterrissage de nos illusions, mais toujours nous ramène à la question unique : qui suis-je ?

Il s’agit peut-être de ne rien chercher, de ne rien faire, de ne rien attendre pour s’ouvrir à l’inconnu, ne pas passer à côté de l’essentiel et laisser fleurir l’exceptionnel… Tout simplement.

Marie Andersen
Préface pour AUX PORTES DU SILENCE — 09/2014

CHERCHEUR ? DÉCOUVREUR ? AVENTURIER ?

Est-ce par goût de la découverte ? En raison d’une insatiable curiosité ? Michel Cliquet est un grand marcheur, un grand taciturne aussi, son nouveau titre est là pour en témoigner. Il su le prouver, puisqu’il a effectué, en solitaire, le trajet à pied de Liège à Compostelle, s’arrêtant au gré de ses étapes chez les amis ou les étrangers, et cela sans jamais succomber à la tentation d’y demeurer, reposé ou non, reprenant au petit matin son bâton de pèlerin

Il semble que le pèlerin soit habité d’un désir d’exil. Il se sent étranger à lui-même : alors il part à sa propre rencontre. Au bout du périple, le miracle est qu’il se sent plus encore étranger à lui-même, car la route l’a aidé à trouver en lui cet « Autre » que chacun porte en catimini. « Quelque chose a changé au fond de chacun » écrit Michel Cliquet.

Est-il chercheur ? découvreur ? aventurier ?

Chercheur certes, puisque s’adonnant en tant que poète à la quête de sa propre parole. Aussi bien découvreur puisque, éditeur, à l’affût de celle des autres. Deux de mes recueils furent publiés sous sa griffe Æ : Éditions de l’Acanthe. Découvreur tout autant, parce qu’artiste aventureux explorant sculpture et photographie.

Michel Cliquet passe de la parole à la forme, de l’image à la pierre, du virtuel au matériel. Son désir inassouvi de Beauté l’entraîne de l’abstrait au concret, du spirituel au charnel et de la chair à la femme, son thème favori. Car, si le poète a une voix, l’artiste et l’amoureux ont des mains qui sont faites pour servir le rêve et lui donner corps.

Du marcheur l’esprit se projette vers le but, mais ses jambes souffrent de la difficulté à l’atteindre. La loi du plus fort désir l’emporte. Y a-t-il des limites à la curiosité des vrais mystiques ? Leur bonheur n’est-il pas dans la recherche de l’absolu ? Alors qu’importe le risque ! Et des risques, il a dû en prendre sur la voie de Compostelle. Plus encore sur les pistes du désert libyen d’Ak-Akuz, « aux portes du silence ». Qu’importe à celui dont le but est d’explorer les voies de la conscience humaine, du silence, de l’accomplissement…

À notre tour, Michel nous invite et m’invite, moi dont les plus riches escapades ne vont pas au-delà de la chambrée, le stylo à la main. Et pas plus dans le désert libyen que dans la démarche de l’écrivain :

« nulle heure ne défile à l’horloge targuie ». La même « grand’soif » nous y attend et « nous repartons vers l’invisible ».

Mais voilà… le désert est « une femme patiente, silencieuse et frémissante » qu’il faut séduire. « Le divin y déploie sa grandeur et dispense la foulée en chaque pierre, en chacun de nos regards ». Ne vous ai-je pas parlé de quête spirituelle et charnelle ?

Oui, dans ce récit « l’amour est palpable, l’amour est universel et omniprésent ». Accompagnons notre auteur dans son désir d’absolu, car, en chacun de nous, « le désert représente notre vérité », miroir éclairant dans lequel nos doutes et nos contradictions trouvent réflexion, puis résolution. C’est qu’ici ou ailleurs « marcher c’est respirer, voir, entendre…»

Dès lors : « Les mots ne sont plus de mise »…

« Ce soir, j’ai foi en l’homme » !

Jeannine Dion-Guérin
Préface pour AUX PORTES DU SILENCE — 09/2014

DES PAYSAGES OÙ L’ON RESPIRE

Un récit de voyage ? C’est plus que cela. Bien plus que cela. Notre ami Jean Botquin a vécu la même expérience, et en a rendu compte, en vers. C’est d’abord, et avant tout, un voyage vers l’intérieur, à la recherche de soi-même. Une sorte d’épure, de dessin ramené aux grandes lignes, à l’essentiel. En rejetant tout l’accessoire, les accessoires, une sorte d’épuration, si l’on veut, qui permet d’aller enfin à la rencontre de l’autre.Un style ample et dénudé à la fois, comme un grand manteau déployé sur le sable, sur la mer, sur le ciel:

on ne peut imaginer le désert/seulement le rêver/tel une femme de sable/patiente et silencieuse et frémissante/fragile et dénudée entre les draps du ciel/peau mate et brûlante/offerte aux étoiles la nuit/le jour aux vents de sable/allongée lascive sous un firmament sans trace. (p.16)

Des paysages où l’on respire. Des notations brèves, précises, presque techniques, qui font d’autant mieux ressortir la beauté des images. Un lyrisme très maîtrisé.

Peu de ponctuation, pas de majuscules: un flot continu de notations précises, sur un ton assez neutre. La banalité des lieux: aérodrome, aire de stationnement. Chaque mot porte et sonne juste, avec beaucoup de phrases nominales. Serait-ce la sécheresse du désert qui joue ainsi sur le style, lui transmettant une part de son dépouillement? Mais l’auteur est attentif à tous les détails du paysage, et ne se contente pas d’à peu près. Des observations portées à la fois par une grande imagination poétique et un regard très pénétrant.

Et tout cela débouchera, comme nous le disions au début, sur une véritable refondation de soi-même, avec un stoïcisme, qui fait songer à la Mort du loup, de Vigny, et une réinvention du rite (pp.40, 46)

ce soir, j’ai foi en l’homme (p.32)
le désert est le miroir de notre âme (p.40)

Joseph Bodson
Recension de AUX PORTES DU SILENCE — Association Royale des Écrivains et Artistes de Wallonie — 12/2014

UN CHEMINEMENT SPIRITUEL

Michel CLIQUET – Fisterra Blues, carnet d’initiation d’un chemineau de Compostelle – Editions ACADEMIA – 206 pages – 19,50 euros.

Michel CLIQUET possède l’art de nous faire partager son vécu : on le lit et en même temps, on l’accompagne dans son périple, sur la voie de Compostelle, « ce chemin initiatique… connu et pratiqué depuis l’Antiquité par une humanité aux préoccupations spirituelle et hermétistes ». On s’y trouve sensibilisé aux énergies, à leurs effets sur la force vitale.

Partir, seul, parcourir à pied une si longue route, participe d’un cheminement spirituel au cours duquel on fait l’expérience de la « petite mort » : « Pérégriner, c’est renoncer : j’ai renoncé à tout ». C’est qu’il faut ici, et c’est là l’enjeu du chemin de l’auteur,  « laisser mourir  et … abandonner l’essence de (sa) pensée, avant de renaître dans une nouvelle vie de l’esprit recréé ». Et, ce constat, dressé à l’issue du Camino : « Le silence et la solitude ne sont pas une punition, mais bien une joie, une grâce, une élévation ».

Qu’on ne s’y trompe pas : les préoccupations spirituelles n’excluent pas un chemin qui se veut d’humanité. C’est qu’il y a ici la famille des jacquets, la fraternité du chemin, toutes ces personnes rencontrées… L’auteur ne s’évade pas du monde : « À ce jour, le nombre de visites de mon blog a dépassé les deux mille ». Nous sont aussi contées des préoccupations bien terrestres : erreurs de parcours, le dos qui fait mal, l’arrivée à l’étape « sur les rotules », le prix (parfois exagéré des gîtes) et la mercantilisation du Camino, toutes ces étapes qui nous sont données avec tant de vérité, de couleurs.

On apprécie par ailleurs les méditations du jour qui apparaissent soit au début, soit à la fin du récit de la journée. Enfin,  Michel CLIQUET a eu la bonne idée de clôturer son récit pas des annexes on ne peut plus enrichissantes : textes de Lanza Del Vasto, Landvaettir et autres. On y trouve aussi des conseils pour la marche (la marche afghane) !

Un livre non seulement pour tous ceux qui envisagent de faire le « chemin », mais pour ceux qui sont curieux de découvrir une étonnante expérience humaine et qui, sans avoir cheminé, sont amenés à réfléchir sur le sens de leur vie, de leur route.

Michel Westrade 
Recension de FISTERRA BLUES — Association Royale des Écrivains et Artistes de Wallonie — 06/2016

LES DÉMONS DU CAMINO

« … les démons du Camino m’assaillent à nouveau. Ils s’en prennent à ma foi, que je croyais inébranlable… J’ai en outre tous les symptômes de la déshydratation, avec hallucinations et dysenterie en prime. Je délire toute la nuit. Je vois apparaître un aigle énorme aux immenses ailes blanches, venant me chercher pour m’emmener parmi les anges… », troisième expérience de la « petite mort » de notre brave chemineau, petite mort qui, « à sa manière, me met en garde envers les habitudes, les routines, les appropriations, les surestimations, les prétentions… ».

Le chemineau engagé dans un périple de 2500 km, départ de Aix-la-Chapelle, destination: Faro de Fisterra, Fin do Camino: Michel Cliquet, consultant informatique né à Bruxelles en 1947, également professeur de mathématiques, fondateur des éditions de l’Acanthe, psychologue et coach en développement personnel, auteur de poésies, sculpteur, musicien et photographe. Fisterra, c’est le Finistère de Galice, le point le plus occidental des terres européennes. « Voilà…le temps s’en est venu. C’est décidé, je pars! Je prends la route. Sur mes deux pieds. Je vais à Compostelle. » Ultreïa!

Récit d’une traversée, principalement divisé en deux parties se faisant écho, la première relatant étape par étape l’étonnant voyage de notre pèlerin et la seconde le suivi de notre ami Michel par Landvaettir, son guide et ami géobiologique pratiquant le shiatsu, « Fisterra Blues – Carnet d’initiation d’un chemineau de Compostelle » est en réalité bien plus qu’un récit: il nous propose des principes et préceptes, des conseils et recommandations ainsi que de judicieuses réflexions, en un mot des clés pour réussir ce cheminement qui mène à soi; une préface de Marie-Claire Regniers nous présentant le pèlerinage et l’homme de conviction que nous suivrons pas à pas sur les routes et par les chemins, cette préface cédant ensuite le pas – encore un! – à un chapitre d’introduction au récit en lui-même, qui nous parle de rêve et de projet, de vérité absolue, de mystérieux galets, d’un « dragon » gardien, éclaireur et allié, de sentiers et de silences.

Dense, la première partie nous dévoile les joies et les affres des 110 jours de pérégrination de notre ami, dont dix-sept de repos nécessaire, où s’interpénètrent réflexions et ressentis, méditations, rencontres et haltes parfois insolites, le vécu de Michel Cliquet, reliefs et bulletins météo complétant le compte-rendu de chaque journée de son chemin et cheminement vers ce détachement total espéré, but avoué de notre pèlerin. Y entrer, en prendre conscience, l’accepter et faire en sorte qu’il illumine à jamais les jours à venir.

En seconde partie? Nous avons droit au guide géobiologique du voyage – il fait partie de l’importante annexe de l’ouvrage – Landvaettir nous entraînant allègrement dans son sillage; sa mission: aider notre homme à distance lorsque la fatigue ou la douleur survient, lui indiquant notamment les lieux les plus énergétiques où force et soutien seront puisés si nécessaire. « Lorsque tu arriveras au pied des Pyrénées, je te mettrai à disposition une bulle d’énergie que tu choisiras d’utiliser ou non, suivant ton libre-arbitre. Bonne route, mon bon Chemineau, continue la marche afghane, continue les mantras, continue à t’émerveiller comme un jeune gamin de la Nature. »

Mais entre ces deux parties se situe un non négligeable intermède, fort captivant: pensées sur la vie errante, détachement total par le lâcher-prise, questionnement et considérations sur l’amour Eros, Philia et Agapè, Formule de la Genèse et technique de marche afghane au sommaire, un intermède lui aussi semblable à un guide pour le quidam désireux de cheminer vers ce qu’il est au plus profond de lui-même. « La grande leçon de ce chemin a été de m’inculquer la capacité de lâcher prise… Ne plus retenir ce qui tente de me fuir, ne plus être enchaîné à rien ni personne, afin de pouvoir offrir en cadeau aux choses, aux événements, aux êtres aimés, une liberté totale: aimer c’est offrir sans réserve la liberté d’être. »

Ce Carnet d’initiation? Une véritable invitation-mine d’or ne fût-ce que pour les méditations qui nous sont proposées jour après jour, méditation telle que celle-ci: « Toute croyance mène inéluctablement à la stérilité spirituelle. » Ultreïa!

Thierry-Marie Delaunois 
Recension de FISTERRA BLUES — //www.thierry-mariedelaunois.com/pages/accueil/lectures-de-l-auteur/categorie-de-lectures-ii/fisterra-blues-de-michel-cliquet-par-thierry-marie-delaunois.html#KvgzFF96imdvC7Aq.99 — 2017

 

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