OMEGA-3 : avec ou sans ?

Quand les poules mangeaient des escargots,
les œufs étaient naturellement riches en oméga-3…

La lettre de Jean-Marc Dupuis


Chère lectrice, cher lecteur,

Les oméga-3 sont des acides gras très précieux. La Nature les fabrique à son rythme, dans certaines herbes et certaines micro-algues. Dans la mer, de petits crustacés ingurgitent ces micro-algues riches en oméga-3. Puis ils sont mangés à leur tour par des poissons. À mesure qu’on monte dans la chaîne alimentaire, les précieux oméga-3 s’accumulent dans la chair des poissons.

Ainsi se concentrent-ils dans celle du saumon, du maquereau, du hareng.

Les oméga-3 dans la chaîne alimentaire terrestre

Le même phénomène se produit sur terre. Certaines plantes sauvages contiennent naturellement des oméga-3. Elles sont mangées par les escargots, les limaces. Lorsqu’une poule est élevée de façon traditionnelle, à courir librement près d’une ferme, elle va manger ces escargots. Ses œufs seront alors naturellement riches en oméga-3.

On trouve encore des oméga-3 dans la viande de gibier ou dans le lait des vaches qui broutent dans les prairies naturelles et les alpages.

L’alimentation de nos grands-parents était naturellement riche en oméga-3

Le gibier, les œufs, le lait, le fromage, la viande que consommaient nos grands-parents, contenaient naturellement des oméga-3. Ils n’avaient donc pas besoin de penser à se supplémenter.

Mais que dire de notre nourriture d’aujourd’hui ???

Des saumons nourris avec du porc

Les poissons d’élevage sont, paraît-il, nourris avec des farines animales, de porc et de volaille [1].Au point que musulmans et juifs se demandent s’ils peuvent encore en manger : « Les théologiens musulmans sont partagés », indique Le Point [2].

Mais ce n’est pas encore le pire. Ces animaux qu’on donne à manger aux saumons, sont eux-mêmes élevés en batterie. Et dans ces batteries, ils sont gavés de tourteaux de soja, de maïs OGM, eux-mêmes dopés aux engrais chimiques et aspergés de glyphosate dans les champs ! Dans cette chaîne infernale, qui tourne aussi vite qu’une chaîne de tronçonneuse, les oméga-3 n’ont pas le temps de se former. Que vous mangiez du maïs en boîte, des côtes de porc ou de bœuf, du saumon ou du bar d’élevage, la qualité nutritionnelle est la même : catastrophique ! Or les oméga-3 ne sont pas une option. C’est une nécessité pour notre santé.

Les oméga-3, indispensables à notre équilibre mental

Les enfants qui manquent d’oméga-3 sont prédisposés à devenir hyperactifs. Les adultes sont menacés de schizophrénie. En effet, un cerveau qui manque d’oméga-3 ne tournera pas de façon normale. Les oméga-3 sont des molécules essentielles pour donner de la fluidité à la paroi de nos neurones. Ils permettent aux impulsions électriques de mieux circuler dans les circuits cérébraux. Ce sont les fameuses molécules de DHA (docosahexaenoic acid). Si vous en manquez, cela provoque des « spasmes » dans le cerveau, qui font naître peur irrationnelle, panique ou rage. On peut les comparer aux spasmes intestinaux des victimes du syndrome du côlon irritable.

Oméga-3, indispensables aux femmes enceintes

Les femmes enceintes ont besoin de beaucoup de DHA pour en transmettre à leur bébé. Sans apports alimentaires adaptés, des déficits peuvent se produire au dernier stade de la grossesse, au moment où le développement du cerveau de l’enfant est le plus important. Le risque de dépression chez la mère après l’accouchement (post-partum) est alors plus important. Le DHA étant aussi impliqué dans le développement de la rétine, le manque d’oméga-3 nuira au développement visuel du nouveau-né, qui aura plus de chances de devoir porter des lunettes.

Les oméga-3 EPA pour le système cardiovasculaire

Les oméga-3 d’origine animale se présentent aussi sous la forme d’EPA (eicosapentaenoique acid). Ils interviennent alors dans la prévention des maladies cardiovasculaires :

  • ils fluidifient le sang et diminuent le risque de caillot ;
  • ils contribuent à l’élasticité des vaisseaux sanguins, réduisant ainsi la pression artérielle ;
  • ils réduisent l’inflammation dans le corps, et limitent ainsi la formation de la plaque athéromateuse (plaque artérielle).

Les oméga-3 interviennent dans le système immunitaire et l’inflammation

Les EPA sont aussi nécessaires pour fabriquer des « eicosanoïdes » : prostaglandines, prostacyclines, thromboxanes et leucotriènes. Ce sont des médiateurs (messagers) cellulaires, permettant aux cellules de communiquer entre elles. Ils régulent l’inflammation dans l’organisme, ce qui expliquerait l’efficacité des oméga-3 pour réduire les problèmes inflammatoires, en particulier dans les articulations (arthrites) et dans les intestins.

Je m’arrête là, car je devine que cette liste risque de vous fatiguer. La question que vous vous posez certainement à ce stade est plutôt : « Comment dois-je faire pour m’assurer de bons apports en oméga-3 ?? »

Animal ou végétal ?

Nous avons donc vu que nous ne pouvions plus faire confiance au premier saumon venu pour être authentiquement riches en oméga-3. Faut-il se tourner vers les oméga-3 végétaux, pour plus de sécurité ?

On trouve, en effet, des oméga-3 dans l’huile de colza, l’huile de lin, le pourpier, la mâche. Le problème est que ce ne sont alors ni de l’EPA ni de la DHA. Ce sont des oméga-3 végétaux dits AAL, qui doivent ensuite être transformés par l’organisme. Si nous parvenons sans trop de mal à faire des EPA, c’est plus difficile pour la DHA, à laquelle il faut apporter quatre atomes de carbone. Ainsi, on estime que seul 1 % des AAL sont transformés en DHA dans notre corps.

La production est d’autant plus difficile que les oméga-3 sont concurrencés, sur cette chaîne, par les oméga-6, qui empruntent la même voie métabolique. Si vous mangez trop d’oméga-6, ce qui est courant dans l’alimentation moderne, ils envahissent la chaîne et bloquent l’arrivée des autres sur le circuit. Vos oméga-3 se retrouvent coincés comme un automobiliste sur une bretelle d’autoroute, cherchant à monter sur le périphérique parisien un vendredi à 17 heures. Ils n’avancent pas !

L’important est donc, certes, de manger plus d’oméga-3, mais aussi de réduire la consommation d’oméga-6 (huiles végétales comme celles de maïs ou de tournesol, germes de blé, soja, pépins de raisin). Il faut manger maximum 5 fois plus d’oméga-6 que d’oméga-3, alors que nous sommes plus couramment dans un rapport de 20 contre 1.

Pour augmenter la consommation d’oméga-3, mangez des œufs de poules nourries aux graines de lin, des poissons gras sauvages, en particulier des petits poissons (anchois et sardines), du gibier sauvage. Mais il est difficile d’atteindre le bon ratio sans prendre des compléments alimentaires d’oméga-3 de bonne qualité.

Envisager l’huile de krill

Les gélules d’oméga-3 biologiques, purifiés, garantis sans métaux lourds, sont très faciles à trouver dans le commerce. Vous pouvez même choisir entre des gélules riches en DHA (donc pour les fonctions cérébrales) ou plutôt en EPA (cœur et artères).

Pour ma part, je choisis néanmoins une espèce particulière : les oméga-3 issus du krill de l’Antarctique. Le krill est une crevette qui vit dans les eaux froides des océans. Il vit en essaims gigantesques dans les couches supérieures de l’océan. Un seul banc de krills peut contenir deux millions de tonnes d’animaux.

Le krill se nourrit des micro-algues riches en oméga-3 dont je parlais au début. Mais comme il se trouve en bas de la chaîne alimentaire, il est remarquablement peu contaminé par les polluants, par rapport aux gros poissons. Il semblerait que la population de krills ait fortement augmenté dans les océans. Cela s’explique par la baisse du nombre de baleines, qui s’en nourrissent, et de la hausse de la quantité de nitrates dans les eaux. Ces nitrates forment un engrais pour le plancton, dont se nourrit le krill. Il n’y aurait donc aucun problème de « surpêche » en vue.

Les oméga-3 issus de l’huile de krill me semblent donc être le bon compromis d’un point de vue de santé et de respect de l’environnement. On en trouve facilement en boutiques biologiques. Je recommanderais d’en prendre 1 à 3 grammes par jour.

À votre santé !

Jean-Marc Dupuis


Sources :

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