Le néolibéralisme est-il survendu ?

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FIGAROVOX/TRIBUNE
«Le néolibéralisme est-il survendu ?» C’est le titre d’un article récent rédigé par des économistes de la section recherche du FMI. Benjamin Masse-Stamberger y a lu une véritable autocritique des politiques de dérégulation prônées depuis quarante ans.


Benjamin Masse-Stamberger est journaliste et essayiste, membre fondateur du Comité Orwell. Ancien Grand reporter à l’Express, il est co-auteur de Inévitable Protectionnisme (Gallimard/Le Débat, 2011) et de Casser l’euro pour sauver l’Europe (Les Liens qui Libèrent, 2014). Il tient le blog Basculements (http://basculements.com).


C’est un article en forme de mea culpa, qu’a publié, en fin de semaine dernière, Finance and Development, le magazine du Fonds Monétaire International (FMI), temple du monétarisme et de l’orthodoxie néolibérale. Signé de trois économistes de la section recherche du FMI – Jonathan Ostry, Prakash Loungani et Davide Furceri – il est dénommé «Le néolibéralisme est-il survendu?» A lire l’article, malgré les précautions d’usage employées par les auteurs, la réponse est clairement positive. Les économistes déroulent en effet une série d’arguments solidement étayés, qui sont autant de critiques en règle des politiques de dérégulation menées partout dans le monde depuis quarante ans, sous l’égide…du FMI ! Mieux vaut tard que jamais.

L’article égratigne en particulier deux piliers de la doctrine économique dominante: la libre circulation des capitaux, et la priorité donnée à la réduction des déficits. Contrairement à ce qu’affirmait la théorie orthodoxe, constatent les économistes, l’ouverture des marchés de capitaux n’a pas eu – c’est un euphémisme – que des effets positifs pour les pays qui l’ont mis en œuvre. Certes, elle a permis un afflux de liquidités utiles à court terme. Mais elle a rendu les Etats qui l’ont pratiquée dépendants des investisseurs étrangers. Pour peu que ceux-ci prennent peur, et décident de quitter massivement le pays, et ce dernier est bon pour une bonne récession, voire pour une violente crise financière dans les cas les plus graves. Ce fut le cas, par exemple, pour les pays touchés par la crise asiatique de 1997. Une crise qui portait déjà en germes les folies financières qui allaient emporter l’économie mondiale une décennie plus tard. Il est symptomatique que le FMI pourtant cœur battant du consensus de Washington et de l’idéologie dominante se montre aujourd’hui capable d’une certaine forme d’autocritique, fût-elle tardive.

Autre dogme érodé par les auteurs de l’article: celui de la priorité absolue donnée à la réduction des déficits. L’idée brillante des néolibéraux était qu’en réduisant les déficits, les pays encourageaient le retour de la confiance – celle des consommateurs, des entrepreneurs, aussi bien que des investisseurs étrangers – et donc de la croissance. Chiffres à l’appui, les auteurs de l’étude démontrent qu’il n’en est rien: au contraire, le plus souvent, l’austérité – puisqu’il faut bien appeler les choses par leur nom – a enclenché un cercle vicieux de baisse de la demande, défiance des investisseurs, récession, et finalement augmentation de la charge de la dette… et donc de nécessité encore plus grande de réduire les déficits. La Grèce offre une illustration aussi caricaturale que dramatique des dégâts que peuvent occasionner le dogmatisme et l’idéologie, surtout lorsqu’ils sont parés des atours flatteurs de la science.

Il n’est pas anodin que ce soit en Europe, que ce drame se soit produit. Nulle part ailleurs dans le monde – surtout pas aux États-Unis, qui, après la crise, a relancé vigoureusement son économie – on a observé une telle «préférence pour l’idéologie». Il est d’ailleurs symptomatique que le FMI – pourtant cœur battant du consensus de Washington et de l’idéologie dominante – se montre aujourd’hui capable d’une certaine forme d’autocritique, fût-elle tardive. Rien de tel en Europe, qui demeure prisonnière d’un dogme d’un autre âge. Rien de tel non plus dans notre pays, où nos élites continuent à naviguer entre idéologie néolibérale et rustines sociales vouées à en compenser les effets les plus délétères. Faute de pensée claire en la matière, François Hollande s’était condamné d’emblée à un échec économique qui s’est en effet avéré cinglant. Près de dix ans après le début de la crise, on attend toujours de nos politiques une analyse de l’échec du néolibéralisme – qui est aussi le leur – sans laquelle il n’est pas de sortie de crise envisageable. Si le Fmi en est capable, alors eux aussi doivent pouvoir le faire!

Benjamin Masse-Stamberger


source :

http://www.lefigaro.fr/vox/economie/2016/06/01/31007-20160601ARTFIG00212-neoliberalisme-le-fmi-fait-son-mea-culpa-a-quand-celui-des-elites-francaises.php

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