Si vous consommez du PARACETAMOL…

  l’édito de Alexandre Imbert


Bonjour.

Même de loin, on entend la rumeur de la ville. D’où je suis, l’actualité n’est pas accessible facilement : pas de télé, de radio, d’internet ou de téléphone. Mais les journaux que je croise sur le comptoir des cafés du village d’en bas égrènent chaque jour de nouveaux noms de villes meurtries par des actes violents, de nouveaux comptages de victimes…

Au comptoir du café, les commentaires exaspérés fusent parfois (surtout le matin), mais on sent bien que le cœur n’y est plus. Il s’installe une résignation ou plutôt une stratégie d’auto-défense. On passe devant la Une de Libération comme on passe devant un mendiant dans la rue, en faisant semblant de ne pas voir…

Loin de tout, on pourrait se sentir étranger à cette inquiétude collective et à cette agitation. Et d’ailleurs, en quoi ces événements changent-ils concrètement notre vie ? Pourtant, on compatit, on a mal pour ceux qui ont été touchés. Sensiblerie ? Pas si sûr, car il me semble que c’est au moins la même chose que lorsqu’on voit quelqu’un se pincer les doigts dans la porte : on a mal aux doigts…

Cette compassion qui revient à partager et même à ressentir la douleur d’un autre être est souvent ramenée à une réaction psychologique. Mais on pourrait envisager une autre hypothèse : une réaction organique. Imaginons que la compassion soit une fonction de notre organisme au même titre que la vue ou l’odorat… Un sixième sens : le sens des autres. Je fais remarquer que le sixième sens  dont je fais l’hypothèse n’est sans doute pas spécifiquement humain. Les animaux et les plantes le ressentent également, sauf que l’homme, lui, peut s’en affranchir. Il peut refuser délibérément de compatir lorsqu’il punit son ennemi, torture les animaux ou même tronçonne les arbres.

Ce « sens des autres » est exercé très tôt dans le ventre de la maman puis au contact des frères et sœurs. Il est mûr avant tous les autres sens : on sent immédiatement que maman est triste, on pleure si son grand frère pleure. Mais ce sens semble tellement moins utile que la vue, l’ouïe ou le toucher qui vont nous permettre de marcher, de parler, d’être autonomes. Alors on le laisse dépérir en général. Mais personne n’est sourd aux autres à la naissance.

On peut toutefois devenir sourd à la souffrance d’autrui. Comment ? En général, il faut une drogue qui perturbe les sens : l’alcool, la dope, les médicaments… On voit bien qu’il est plus facile de tuer son voisin quand on est ivre, sous crack ou bourré d’antidépresseurs. Une bonne cause, aussi, permet de mettre sa compassion dans sa poche avec son mouchoir par dessus. La lutte pour la liberté, par exemple, fonctionne à chaque fois…

Michel Dogna m’envoie un article qui a inspiré, ainsi que les récentes actualités, le présent édito. Car ce que j’ignorais, c’est que des médicaments plus anodins sont aussi des anihilateurs de compassion. Si ces médicaments avaient atteint l’un quelconque de nos cinq autres sens, on les aurait interdits depuis longtemps, mais le « sens des autres » ne sert à rien d’utile, alors…

Le paracétamol tue la compassion

Qui ne connaît pas le Doliprane®, l’Efferalgan® ou le Dolko®, et même qui n’a pas chez soi l’une des 60 formules de paracétamols vendues en pharmacie ? La plupart des médecins et pharmaciens prescrivent et conseillent systématiquement des paracétamols pour les douleurs inflammatoires, les préférant à l’aspirine en raison de l’agressivité connue de l’acide acétyl salicylique. Les hôpitaux et les cliniques utilisent exclusivement les paracétamols comme antalgiques dans les perfs des malades, plutôt que de l’aspirine qui présenterait, pour certains, un risque hémorragique ou allergique.

Notez en passant que les effets anti douleur des paracétamols sont assez médiocres puisqu’un antalgique ne fait que réduire la douleur sans vraiment la supprimer comme font les analgésiques. En bonus, vous gagnez une bonne gueule de bois qui vous donne une abominable pépie.

La consommation régulière de paracétamol n’est pas sans risques

Après une longue période d’ignorance, le grand public sait maintenant qu’un léger dépassement de la dose quotidienne recommandée de 4 grammes de paracétamol pendant quelques jours peut entraîner une maladie grave et même la mort.
Mais une nouvelle étude vient de démontrer quelque chose de totalement inattendu : l’acétaminophène des paracétamols réduit drastiquement l’empathie et la compassion humaine face à la douleur et la souffrance des autres ; cette étude a été publiée dans la revue « Social Cognitive and Affective Neuroscience » (Mischkowski et al., 2016).

Or pas moins de 600 spécialités pharmaceutiques contiennent du paracétamol.

Le Dr. Dominik Mischkowski, premier auteur de l’étude, explique :
« Ces résultats suggèrent que lorsque vous avez pris de l’acétaminophène, la douleur des autres ne vous semble pas aussi importante qu’il n’y paraît ».
Selon l’étude, la compassion est le modulateur du comportement prosocial /antisocial. Le déséquilibre psychique induit par l’acétaminophène dans l’empathie soulève des inquiétudes concernant les effets sociaux conséquents, lors d’une prise régulière telle qu’on la constate dans de nombreux pays développés, notamment aux États-Unis.

Le Dr Baldwin Way, un co-auteur de l’étude, explique :
« Nous ne savons pas pourquoi l’acétaminophène a ces effets, mais c’est inquiétant.
L’empathie est une chose importante. Si vous avez une dispute avec votre conjoint et vous venez de prendre de l’acétaminophène, cette étude suggère que vous serez peut-être beaucoup moins compréhensif de ce que vous avez fait pour blesser les sentiments de votre conjoint. »

L’étude a été réalisée à l’aide de 80 étudiants, dont la moitié ont reçu 1000 mg d’acétaminophène, et l’autre moitié un placebo. Les élèves ont ensuite lu des histoires de gens qui avaient été blessés et ont été invités à évaluer leur douleur. Ceux qui ont reçu l’acétaminophène ont toujours donné des notes bien plus faibles concernant l’appréciation des douleurs des gens.

Le Dr Way a expliqué les résultats de l’expérience :
« Les participants ont eu une chance de faire preuve de compassion avec la souffrance de quelqu’un auquel ils ont pensé et qui traversait une épreuve socialement douloureuse. Mais ceux qui ont pris de l’acétaminophène ont été peu touchés. Ils étaient peu préoccupés par les sentiments des personnes blessées et rejetées. »
Les chercheurs vont maintenant s’intéresser à l’Ibuprofène pour voir si les résultats sont les mêmes. Mais le mal est sans doute déjà fait.


Alexandre Imbert
avec Michel Dogna

source : Alternative Santé –  http://www.alternativesante.fr/abonnement/?utm_source=NL-AS-203&utm_medium=NL-AS&utm_campaign=NL-AS-203-abo

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3 réflexions au sujet de « Si vous consommez du PARACETAMOL… »

  1. Bonjour,

    Je ne suis pas d’accord pour le manque d’empathie, depuis 20 mois j’en prends 1500 mg/jour (et encore j’ai réussi à diminuer les doses) suite à une opération d’un condrome pile où se trouvait ma chambre implantable, (après l’opération pour mon cancer j’en prenais également ainsi que du tramadol heureusement pas longtemps !) comme j’ai une poisse pas possible et ai souvent eu affaire à des incapables, ma cicatrice a donc été ouverte 4 fois, 1 pour la pose de la chambre, 2 le retrait, 3 « reboucherie » pour enlever le « bout » oublié ! Découvert suite à une capsulite. Et 4 réouverture pour le condrome qui se trouvait exactement sous la cicatrice, depuis j’ai mal. Surprise d’avoir encore mal quelques semaines plus tard, je suis retournée voir le chirurgien qui m’a opérée, (à 100 km de chez moi), pour m’entendre dire, que ma cicatrice n’a pas « supporté cette quatrième ouverture » ! J’ai pourtant eu de la kiné, de la balnéo, même de la thalasso, et la douleur est toujours là, pourtant, je prends d’autres médicaments, quasiment tous avec la voiture sur l’emballage, 😦 si cela « m’abruti » un peu, la douleur elle, est bien vivace…
    Justement ce soir dans une galerie marchande, j’ai regardé un jeune enfant dans un petit « manège » avec son père à côté, je n’ai pas pu m’empêcher de sourire…

    Cordialement.

    Catherine

    PS. Juste avant j’ai fait suivre le billet : « Vaccins DTP – Bulletin d’information – Le combat continue ! » de L’Institut pour la Protection de la Santé Naturelle, comme je l’ai fait pour la pétition que j’ai signée dès qu’elle était en ligne…

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