Intention de communiquer… Comment s’y prendre ?

De nombreuses personnes viennent me consulter en me disant « mon partenaire n’est pas capable de communiquer » ou encore « il n’aime pas communiquer, ou reste silencieux, ou ne m’écoute pas, ou ne réagit pas, ou ne me comprend pas… que dois-je faire ? »

Ce que ces personnes finissent par avouer en cours d’entretien est souvent qu’elles débitent elles-mêmes un flot de paroles ininterrompu auquel prêter une attention soutenue devient difficile pour n’importe qui souhaiterait sincèrement établir une communication vraie…

Que serait donc une « bonne » communication ?

Il faut le reconnaître, chacun d’entre nous a eu ou aura dans sa vie un souci de communication avec un semblable. Avez-vous tenté de déchiffrer les raisons de ces difficultés ? Vous sont-elles propres à vous-même, ou proviennent-elles d’une technique qui ne correspond pas à votre partenaire, ou au contexte de l’échange ?


Analysons la mécanique de la communication en tant que procédure impersonnelle.

Les informaticiens ont mis au point un protocole de communication entre les machines, qui fonctionne sans coup férir et qui pourrait nous inspirer une première réflexion : la communication entre modems. L’exemple me paraît intéressant, car les modems n’éprouvent pas de sentiments, et cette comparaison nous permet de faire abstraction du premier obstacle à la sérénité nécessaire à une communication sans faille : notre émotivité.

En résumé, le protocole utilisé en télécommunication exploite le schéma suivant :

– je déclare mon intention d’émettre un message (es-tu prêt à m’écouter?)

– tu te déclares prêt à recevoir un message (tu m’écoutes)

– je te signale le début de mon message

– j’émets mon message (je m’exprime clairement)

– je te signale la fin de mon message

– tu me signales la bonne réception du message

– je me déclare prêt à recevoir un message

– …

Simple, non ? Dans la vie quotidienne, notre technique de communication ne pourrait-elle pas s’inspirer de ce schéma ? De manière moins impersonnelle, bien sûr… Essayons donc !

– J’ai envie de te faire savoir une information, car je considère qu’il est important pour moi que tu en aies connaissance. Dans le cas contraire, peut-être ne devrais-je pas t’encombrer l’esprit avec une information dont tu n’auras pas vraiment besoin…

– Je sollicite donc ton attention et te demande si tu m’écoutes.

– Tu me fais savoir que tu m’écoutes et que je peux exprimer mon message. Cela peut être concrétisé par un échange de regards, un sourire, un geste de la main, un toucher, un son… Bref : un signal convenu.

– Puisque je sais que tu m’écoutes, je peux en toute confiance t’exprimer ce que je veux te faire savoir, et je le fais de manière claire et compréhensible afin d’éviter tout risque de mauvaise compréhension de ta part.

– Pendant tout le temps que je m’exprime, tu respectes un silence attentif et notes les questions que le message te suscite. Mais tu pourrais m’interrompre par exemple si la qualité de mon expression ou encore des parasites extérieurs ne te permettent pas de comprendre clairement ce que je t’exprime. Cela pourrait être pour de multiples raisons : le langage ou le vocabulaire par lequel je m’exprime ne t’est pas familier, le niveau sonore est trop fort ou trop faible, il y a du brouillage qui te distrait, ton attention est détournée par un événement inattendu, ou que sais-je encore ?

– Je contrôle la bonne réception de mon message en te posant quelques questions de confirmation et en vérifiant la continuité de ton attention.

– Je te fais savoir lorsque mon message est terminé, et te donne la parole pour répondre ou poser tes questions.

– Tu me confirmes avoir bien entendu mon message et le cas échéant me poses tes questions, tes demandes de précisions, me donnes tes réponses à mes questions, me poses toi-même de nouvelles questions relatives à mon message. Tu évites bien entendu toute digression, c’est à dire de sortir du sujet qui nous occupe à cet instant et attends que nous en ayons terminé avec celui-ci pour entamer une autre discussion.

– L’échange se poursuit sur ce mode dans l’attention et le respect mutuels, jusqu’à épuisement du sujet, ce que je te confirme.

– Nous pouvons alors mettre fin à cet échange et passer à un autre, ou à une autre occupation.

Globalement, ne percevez-vous pas dans ce protocole tous les ingrédients d’une communication sans accrocs, sans malentendus, sans heurts, sans mauvaise compréhension ?

Évidemment, il ne s’agit ici que de deux machines communiquant ensemble, deux machines sans émotions ni sentiments, deux machines qui ne se vexent pas lorsque celle qui émet un message ne reçoit pas immédiatement de réponse, qui ne perd pas patience lorsqu’elle ne se sent pas comprise comme elle le souhaiterait, qui ne se met pas en colère lorsqu’elle ne reçoit pas immédiatement les réponses attendues… bref, une communication idéale.

Mais n’est-ce pas là, justement la leçon à tirer de cet exemple ? Qu’est-ce qui perturbe le bon déroulement de notre communication, si ce n’est précisément nos sentiments et nos émotions ? La communication est avant tout le vecteur par lequel nous transmettons une information, et pour que cela puisse se faire sans accroc, il nous faut nous conformer à un moyen technique irréprochable, limitant les risques de parasitage et une mauvaise transmission de l’information.


Vous l’avez compris, je ne parle ici que de transmission d’information, car c’est ce qui se produit dans la majorité des cas. Nous avons bien sûr d’autres choses à transmettre, tel que nos sentiments, nos émotions, nos désirs inexprimables, nos rêves… Oui, ceci paraît ne pas pouvoir se conformer à un quelconque protocole rationnel préétabli.

Mais, après tout, pourquoi pas ? Je vous le demande. Si nous réfléchissons honnêtement, reconnaissons qu’avec un peu d’entraînement et beaucoup de bonne volonté (et en faisant abstraction des caprices de l’égo) nous pourrions probablement envisager notre communication de manière générale avec ce détachement dont les machines nous donnent l’exemple, ne pensez-vous pas ?

Non, nous ne sommes pas et ne serons jamais des machines, mais celles-ci nous montrent le chemin du détachement et du lâcher-prise quant aux réactions et aux revendications de notre égo !

Et si nous essayions, pour voir ?

Michel Cliquet

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