à la Dame noire

oh… ce serait trop facile
de partir sans un signe
sans un mot d’adieu
à ceux qui savent ce qu’aimer veut dire 

en attendant le jour béni
où toutes les surprises seront dévoilées
il nous reste le voyage
interminable

le voyage entrepris depuis les temps immémoriaux
sur la blancheur de nos rêves
vers les rivages insoupçonnés
de la conscience

ce voyage irraisonné
vers des montagnes de songes lumineux
balayées par les vents de l’indifférence
et les tempêtes des guerres fratricides

ce voyage de chaque jour
entre nos deux oreilles
qui nous fait remonter des fleuves de désirs
à travers des continents de passions

ce voyage de ports tranquilles en criques sauvages
de soleils souterrains en nuits de haute montagne
de zones franches en frontières enfreintes
et de riches déserts en capitales ruinées

c’est fort regrettable
mes amis
mais qu’y pourrions-nous
oui… tellement regrettable

ah… ce voyage
quelle délivrance à mon cœur
quelle persistance à contenir mes cris
et quelle ivresse anticipée à la franche régalade

s’il me faut user de mes dernières forces
à maintenir les amarres de ma caravelle
sur les anneaux du quai des lointaines partances
où trépigne mon impatience

ce sera pour mourir de plaisir et de reconnaissance
à l’heure de confier mon âme transie
à cet oiseau des mers chaudes
qui piaffe et virevolte d’envie

oui nous ferons le grand pas décisif
dans les flammes naissantes
sur la mer moutonneuse des illusions démantelées
à tout jamais

il faut croire mes amis
aux récits ramenés par les esprits du vent
qui racontent les trésors des îles merveilleuses
où rien n’est comme ici

vous verrez
bientôt je vous en rapporterai plein mon navire
je vous emmènerai vivre là-bas
au soleil du repos des anges

car je ne suis qu’un balbutiement égaré
dans la sombre lagune de la mémoire
empêtré entre le parterre des doutes anciens
et les feuilles d’or froissées des tapisseries du ciel

voici qu’approche l’apostrophe
de mon aphérèse impatiente
ah… dans quelle conjugaison ‘pataphysique
ma vie se retire-t-elle donc

hélas rien jamais ne pèsera dans le vent
sinon les lunes pâles
au bout du brise-lames des rêves
ressassé de regrets

j’embarque tantôt sur la nef des étoiles
je largue mon aurore au fond de l’océan
je borde mes voiles en frappant les écoutes
aux cabillots de mon enfance

rien ne gonflera plus mon foc et ma misaine
que le chant des goélands pèlerins
et les pleurs des sirènes
pousseront ma barcasse aux rives de l’autre bord

mais avant de partir je veux d’un doigt timide
poser légèrement comme en un souvenir errant
sur vos lèvres de soie chaude
l’effleurement d’un baiser de papillon

je laisse mon cœur au bout de l’estacade
où tournera sans fin le phare des adieux
et le mouchoir de lin qui séchera vos larmes
se perdra dans le tourbillon des printemps à venir

l’arc-en-ciel
rallumera-t-il ses néons
arborera-t-il nom d’ange
et toison de ténèbre

franchirai-je sans dam
l’arche des sept douleurs
portail d’un monde
où tout est incertain

passé présent futur
idéal ou passion
le rêve est aventureux
mais la foi me porte

ce que l’on nomme flamme
espérance ou déni
anéantit ou crée
détruit ou purifie

regard miroir de mes soleils
lèvre au parfum d’encore
de quel serment lierez-vous
la brisure du temps

nous irons
je le sais
plus haut que nos sommets
plus profond que nos abîmes

là où vous et moi
nous saurons
le doux et l’amer
sans regrets

Michel Cliquet (2010)

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