Méharée pascale dans l’Ak Akuz

 


Méharée dans le désert de l’Ak-Akuz / Sahara / Libye / Pâques 2007

notes de voyage


31/03/07

l’aéroplane de Bruxelles à Tripoli
ce n’est déjà plus la terre
et pas vraiment les nuées

l’on ne peut imaginer le désert
seulement le rêver
tel une femme de sable
patiente silencieuse et frémissante
fragile dénudée dans les draps du ciel
peau mate et brûlante
offerte aux étoiles la nuit
le jour aux vents de sable
allongée lascive sous un firmament sans trace

huit cents kilomètres par heure
la chaleur déjà nous surprend
naviguant entre le bleu et le bleu
guère de nuages mais une brume insoutenable à hauteur d’horizon
… et si l’on devait ne plus se poser ?

dans l’aéroplane de Tripoli à Sebhah
une voisine silencieuse est plongée dans sa lecture : « la disparition annoncée de la race humaine pour cause de mutation progressive de nos chromosomes »

pour la nuit, halte repos à Sebhah dans un camping de paillotes
dans une vitrine au milieu du camp : notre premier scorpion
un monstre de belle taille


01/04/07

route de Sebhah à Ghat en minibus
vers midi halte pique-nique dans un autre camping de paillotes
plutôt un parking pour véhicules tout-terrain faudrait-il dire
un avantage (de taille) : l’on y dispose encore de sanitaires
sans doute les derniers avant le désert…

notre premier contact avec les touaregs qui nous accompagneront désormais
la distance est longue à franchir, et l’abord timide
ils représentent tellement de mystère encore

l’accueil de la nature n’est guère chaleureux
il pleut
l’air moite nous colle à la peau

les bagages sont transbordés dans les quatre véhicules qui escorteront notre caravane

une bruine omniprésente nous enveloppe
nous entrons dans le bled
d’emblée le paysage nous apparaît lunaire
à perte de vue le sable ocre semble jonché de scories volcaniques et de débris de lave
ou est-ce une un grès tellement oxydé par le soleil qu’il apparaît noir et brûlé presque carbonisé
à examiner de près à la première occasion

pour l’instant, les jeeps nous secouent rudement
la pluie fixe la poussière au sol et donne au sable une teinte vivante
les buissons verdissent à vue d’œil, tout maigres qu’ils soient

aux pare-brises aucun essuie-glace
sans hésitations les conducteurs semblent avancer à l’aveuglette
sur les pistes en “tôle ondulée” larges par endroits jusqu’à près de deux cents mètres
nul besoin de grande visibilité il est vrai

soudain, une fumée émerge de sous le capot
arrêt d’urgence
un début d’incendie se déclare, dû à un court-circuit aux batteries
poignées de sable, doigts légèrement brûlés sur la tôle
l’incident est vite résolu et nous repartons

les quatre véhicules s’éparpillent
chacun connaît sa destination
si pas nous, en tout cas les touaregs

temps interminable de parcours chaotique à travers le reg et le bush, la lave, le sable et les décors de hautes roches découpées par les vents persévérants, aux formes fantastiques de visages humains au regard pour toujours figés sur l’horizon, ou d’animaux apocalyptiques hallucinés

admiration silencieuse
les mots ne sont plus guère de mise

la fatigue s’accumule
en fin de journée, c’est avec une exclamation de soulagement que l’on aperçoit au loin les premiers chameaux
nous les rejoignons et faisons connaissance avec le chamelier en chef
le premier bivouac s’installe

d’emblée les mouches nous assaillent
alors que nous croulons sous les courbatures de la route
un vent froid nous fait frissonner
chacun enfile une veste et s’enroule soigneusement dans le chèche qui sera désormais notre meilleure protection contre les éléments impitoyables

des bandes d’oiseaux de toutes sortes s’envolent à notre passage et tournoient dans le ciel gris
corbeaux, pigeons, troglodytes, hirondelles à foison, ainsi que d’énormes libellules
le groupe se dissémine aux alentours du camp, chacun déballant son sac et installant son couchage dans le sable
le cuisinier nous prépare le couscous du soir
à la nuit tombée nous partageons le repas et refaisons nos forces
tous sont avares de verbe : les conditions sont éprouvantes pour un début de voyage mais le moral semble uniformément intact

la nuit est froide
la pluie a cessé mais le vent nous harcèle
la presque pleine lune nous offre un éclairage romantique
entourés de ces falaises noires nous baignons dans une lumière laiteuse


02/04/07

au tout petit matin nous sommes réveillés par le chant strident des oiseaux
impossible de les identifier tous mais l’on peut voir des pigeons et des troglodytes en grand nombre
nous n’avons pas notre compte de sommeil
le petit déjeuner frugal nous ramène à la réalité du lieu
les gourdes sont remplies et les amateurs se préparent pour la monte des chameaux
pour certains, c’est le baptème
personnellement, je marcherai

le ciel est toujours couvert mais il ne pleut plus
avec le vent persistant et le harcèlement des mouches nous progressons toute la matinée sur un sable parsemé d’épineux secs, acacias, euphorbes aux fleurs vert sombre, graminées en touffes vert-jaune, retenant le sables en monticules épars
autour de nous les falaises d’un gris sombre invariablement surmonté d’une ligne de lave noire

à mi-journée nous faisons halte en retrouvant les véhicules qui nous ont devancés
pique-nique salade puis sieste
en fin d’après-midi la caravane reprend sa progression dans le reg brûlant
il nous faut apprendre à boire de l’eau en abondance
la marche est harassante à l’abri de nos chèches, auxquels nous nous familiarisons rapidement

l’arrivée à l’étape soulage les âmes
cette première journée nous a mis en jambes
le spectacle de l’Ak Akuz est grandiose
il éveille en nous un désir d’absolu et fait retentir en silence la voix du divin


03/04/07

la nuit est froide
encore davantage au petit matin

journée entière de marche entre la brume et les falaises de l’Ak Akuz
peu à peu nous nous familiarisons avec la chaleur
boire devient un geste anodin comme respirer

le grès noir des falaises est sculpté par le temps en formes de pagodes, de dieux anciens, d’animaux, de profils humains
nous imaginons la vie ici il y a mille, dix mille, cent mille ans…

cette nuit est celle de la pleine lune
après le couscous du soir, les amis touaregs s’assemblent autour du maigre foyer sur lequel chauffe la menthe
la lune est magistrale, baignant le groupe dans une lumière féerique
la musique des mélopées s’amplifie peu à peu et la magie du lieu fait son œuvre ; tout la caravane les rejoint dans les rythmes et les chants à répons
l’on se couche tard, bercé par le sentiment que la vie est merveilleuse


04/05/07

nombreux sont ceux que la pleine lune a tenus éveillés
mais le matin nous trouve dispos pour une première journée toute en soleil

nous découvrons quelques exemplaires de la faune que nous côtoyons quotidiennement sans l’apercevoir ; les touaregs sont experts à relever leurs traces et ont prévenu le danger : ils ont capturé une vipère des sables et une araignée du désert aux pattes filiformes, noir et blanc, d’une envergure impressionnante
plus d’un parmi nous en éprouvent des frissons mais nous sommes hors de danger

le petit déjeuner avalé et les chameaux sellés, nous nous ébranlons vers la route déjà torride
les véhicules partent en avant pour repérer le lieu de la prochaine halte
la caravane est composée de sept chameaux, guidés par trois chameliers dont le policier chargé de notre sécurité et compagnon de route à part entière
nous suivons à cinq marcheurs
la marche est épuisante mais le spectacle du paysage le vaut bien : le décor est celui d’un cirque lunaire
quelques marcheurs se laissent distancer mais la caravane les attend : on ne laissera personne prendre le risque de se perdre ou de manquer d’eau

à l’étape du soir, nous arrivons fourbus mais repus d’une sainte fatigue
le divin déploie sa grandeur et dispense sa générosité en chaque pierre foulée, en chacun de nos regards
ce soir sous la lune pleine les chants et les rythmes reprendront de plus belle
l’amour est palpable


05/06/07

la marche est devenue notre raison de vivre
toute la journée se construit autour de ces deux fois deux heures de progression : nous marchons approximativement de neuf à onze heure et de seize à dix-huit heure ; entre ces deux périodes, le camp s’organise, dans une douce nonchalance ; les amis touareg sont tout à notre bien-être, rien ne nous manque

au cours de la marche, nous nous arrêtons devant un fort bel exemplaire de gravure pariétale représentant un éléphant de taille imposante, à la facture précise

à l’étape du milieu du jour, nous atteignons le puits
lieu de toutes les rencontres, des échanges de nouvelles, c’est d’abord celui où refaire les provisions d’eau potable
l’ancien puits, millénaire, a été comblé ; une citerne de cinquante mille litres sert de réservoir, dans lequel se déverse l’eau pompée sans interruption dans la nappe phréatique par une puissante motopompe

je ne peux m’empêcher, malgré les recommandations de notre guide, de remplir ma gourde de cette eau fraîche juste sortie de la gueule béante du monstre ; il me fallait en goûter la saveur, venue du fond des sables, et je l’ai bue… une heure plus tard, les crampes ont commencé, annonçant la dysenterie ; un bloquant intestinal sera nécessaire, avec effet pour vingt-quatre heures

à peine le temps d’arriver à l’étape du pique nique, le Gibbli se lève, puissant vent de sable nous clouant chacun dans l’abri de fortune le plus proche : dans une anfractuosité de la falaise, dans ou sous un véhicule, derrière un chameau…
Hamadi, notre cuisinier, remplit sa mission envers et contre tout, dans la jeep cantine ; nous dégustons notre salade croquante puis nous blottissons dans la léthargie d’une sieste forcée durant les quatre heures que durera cette tempête : la nature nous enseigne la patience

ce soir à l’étape, l’envie soudaine me prend d’une petite excursion en solitaire en attendant l’heure du repas : je m’aventure vers une crête et les hauts plateaux
les distances sont trompeuses, les reliefs imprévisibles et le temps imprécis
à la tombée du jour, me voilà prisonnier de l’obscurité au milieu d’un chaos de lave noire où il ne m’est plus possible de m’orienter
j’avance encore à l’estime mais le danger d’approcher le bord de la falaise est grand et me fait envisager de devoir passer la nuit sur le plateau en attendant le retour de la lumière
soudain une faible lueur pointe dans le lointain : ils sont partis à ma recherche
un chauffeur et le policier viennent à ma rencontre et m’aident avec leur torche à redescendre les éboulis jusqu’à la plaine
nous rentrons finalement sans encombre ; personne au camp ne s’est vraiment inquiété
ce soir, après le plat unique, le camp se couche : il n’y aura pas de musique cette fois ; le sommeil est une denrée précieuse, chacun le sait


06/04/07

nouvelle visite de sites historiques ornés de gravures et de peintures pariétales, témoignant de ce que la région était jadis couverte de savane et peuplée en abondance ; ces gravures dateraient de six mille ans
l’on sait que les romains capturaient ici les lions pour leurs cirques ; l’on y trouvait également girafes, autruches, rhinocéros, hippopotames, crocodiles, zébus, gazelles, léopards… toute la faune de l’Afrique centrale actuelle

à l’arrivée au camp, surprise, nous découvrons un filon de fossiles : des algues marines de section cylindrique, couchées sur une grande surface en une nappe de dix centimètres d’épaisseur, probablement ensevelies par un dépôt soudain de sable limoneux après de fortes turbulences marines ; au-dessus, cent mètres de roche gréseuse sans aucune trace de vie, témoignant de combien de millions d’années de sédimentation…

l’on ne peut résister à en emporter quelques exemplaires ; le sac s’alourdit encore


07/04/07

est-ce un miracle : nous voici arrêtés sous un arbre… un acacia énorme aux épines dissuasives mais dont les gousses des fruits font le régal des chameaux ; nous profitons de son ombre diffuse pour nous installer dans un peu de fraîcheur, le temps du pique nique et de la sieste

mais l’après-midi, le temps s’alourdit ; l’air devient pesant sur nos épaules ; le vent se remet de la partie et la soif se fait sentir ; nous étouffons sous nos chèches ; la marche devient harassante
j’ai épuisé mes deux litres d’eau et les chameaux sont loin devant ; mes pieds sont de plus en plus douloureux

Akrouf, le chamelier, s’arrête au bord de la piste et nous attend
Il n’a pas d’eau à nous offrir, mais il nous encourage et nous indique que le bivouac n’est plus très loin
Les derniers arrivés s’écroulent devant le thé qui les attend, avec gâteaux et biscuits secs qui ne seront guère boudés
Je suis rompu
Demain, dimanche de Pâques, je monterai dans la jeep

après le couscous plus personne ne dit mot
l’on s’attend pour la nuit à une tempête de sable
chacun se calfeutre dans une tente et s’endort
la journée a été particulièrement éprouvante ; trente-six degrés au thermomètre, air moite, le vent qui sans trève souffle le sable dans les moindres interstices de nos sacs, de nos vêtements, de nos corps
heureusement, il y a le chèche ; simple bande de coton léger d’un mètre de large allant pour certains jusqu’à cinq mètres de long, son inventeur mérite un prix Nobel de confection ; depuis la nuit des temps il résiste aux modes : vêtement basique de survie protégeant la tête des rigueurs du soleil, du vent, du sable, des insectes, de la sueur, de la lumière, de la chaleur, du froid, de la pluie, du regard d’autrui aussi… noué autour de la tête selon le caractère de chacun, l’inspiration et les circonstances, position du soleil, direction du vent, présence d’autrui


08/04/07

dimanche de Pâques
réveil matinal étonné
pas un bruit, pas un souffle dans le paysage immobile encore sombre
le soleil se devine derrière les falaises
un silence qui laisse percevoir nos bruits intérieurs
jusqu’au murmure du cerveau qui pense
la tempête attendue nous a oubliés
chacun est envahi d’une paix sereine
notre guide propose de marquer ce jour de Pâques par un geste symbolique, un rite personnel de portage d’une charge au long de la journée et d’y associer les fardeaux de la vie, quels qu’ils soient et qui que nous soyons, afin de nous en débarrasser en toute conscience à la fin de la journée

personnellement, aujourd’hui sera ma journée de repos ; cela fera plaisir à mes pieds dont l’aspect commence à se confondre avec celui du paysage… celui-ci, vu depuis la jeep, se décline maintenant sur un autre rythme ; l’on ne doit plus, à chaque pas, regarder où poser la semelle, l’on souffre moins de la chaleur, de la lumière et de la soif ; la falaise nous apparaît davantage comme le décor d’un fonds marin, aux découpes sauvages, déchiqueté par le flux et le reflux de la mer disparue ; les arches de cent à deux cents mètres de hauteur nous ramènent à si peu de chose, et l’on réalise avec émerveillement la joie profonde d’être ici et maintenant : « ce jour est le plus beau jour de ma vie, car c’est celui que je vis »
ce soir, je veux poser ma couche en un repère silencieux et dormir en ermite loin de tout ce qui me relie à la cité
réfugié discrètement entre dune et falaise, je me blottis pour la nuit dans un refuge insoupçonné, tel un animal surpris par le chant des étoiles ; le ciel est ma seule couverture ; le silence devient sacrement, après le rite des chants et des tambours


09/04/07

au petit matin, alors que la robe de la lune épouse les prémices du soleil, la vie nocturne se révèle autour de moi dans un aveu de traces innombrables ; le ballet des lézards dut être magnifique au vu de leurs calligraphies dans le sable

aujourd’hui sera notre dernier jour en compagnie des chameaux
je chevauche ce matin une de ces montures hautaines, si justement surnommées vaisseaux du désert ; juché à deux mètres de hauteur, l’air me semble plus frais et la chaleur plus supportable

balancés au rythme lent de ces créatures improbables, nous foulons à pas feutrés les boue pétrifiées des anciens fonds marins constituant le sol de l’Ak Akuz ; perché entre l’ocre et l’azur, je me figure le monde aquatique d’un autre âge dans lequel, avec un décalage dans le temps, comme en écho holographique, je flotterais, mammifère marin, entre algues et récifs, entre sable et écume

la halte de midi se fait en bordure d’un wadi encore humide, dont nous profitons de la fraîcheur à l’ombre d’un abri sous roche; nous y relevons des traces d’une occupation régulière depuis des temps immémoriaux : meules usées et percuteurs de pierre aux éclats typiques sont des signes qui ne trompent pas

j’observe en silence les mimiques d’un duo de lézards d’une trentaine de centimètres de longueur, l’un bleu à tête rouge, l’autre gris à crête rouge : élégance et vélocité

l’après-midi, après avoir encore progressé dans les espaces de sable au décor changeant à l’infini, nous plantons le bivouac au milieu d’une plaine si vaste qu’elle échappe à l’estimation que l’on voudrait faire de ses limites
l’horizon de dunes et de falaises se perd dans une grisaille nébuleuse, comme un flou artistique dissimulant à nos yeux endoloris une ligne d’horizon en perpétuelle métamorphose
l’on ne saurait dire s’il s’agit de brume ou de poussière cotonneuse en suspension, faisant écrin au bijou de cuivre doré sur lequel nous posons le pied

une partie de l’erg où nous avons fait halte et déballé nos sacs est occupée par une zone étonnamment verdoyante : les chameaux s’y sont précipités aussitôt dessellés
ce que nous appelons « désert » est surprenant de densité de vie, tant végétale qu’animale : pas une vallée où l’on ne rencontre acacia, coloquinte, euphorbe, graminée, plantes vertes inconnues à nos yeux mais tellement communes ici

le soleil s’estompe lentement derrière son voile gris vaporeux ; notre groupe s’agglomère, assis en grappe humaine autour d’un tambour solitaire ; Hamadi et son acolyte montent les deux chameaux les plus vigoureux, entamant autour de nous un carrousel effréné à grands cris et gesticulations, nous donnant le vertige : tout ici est prétexte à la fête


10/04/07

petit lever tout en courbatures
le soleil allume le ciel derrière les crêtes
la brume d’hier n’a guère décollé du paysage
les plus matinaux d’entre nous, nos chameliers rassemblent leurs montures et nous quittent hâtivement, avant même le déjeuner
la route sera longue
la caravane allègre, tenue à la bride selon la coutume, disparaît derrière la dune avant d’être chevauchée
nos cris et nos acclamations chaleureuses de remerciement et de fraternité les accompagnent

petit déjeuner rapide, empaquetage, chargement des véhicules, nous nous entassons et la caravane motorisée se met en branle, cap vers l’est ; direction : le lac d’Oum el Maa ; distance : deux jours de route

nous fonçons à travers l’enfilade de dunes et de pierres
courte halte au puits ; nous y saluons des amis : le monde est si petit…

la journée nous voit passer progressivement du reg à l’erg
les reliefs changent de nature et de couleur
bientôt les falaises escarpées font place à de vastes étendues empierrées de noir alternant avec des dunes de plus en plus hautes que nous longeons durant des heures interminables
le ciel est de plomb

enfin nous attaquons l’ascension des hautes dunes au sable chantant ; très vite, trois de nos jeeps se retrouvent ensablées dans le fesh-fesh ; quelques manœuvres adroites, détours, encore et encore… après trente minutes chacun finit par s’en sortir : petit moment de joyeuse détente
tout le monde enfin réuni, la caravane repart


11/04/07

jour off pour moi
mon insolation couvait depuis hier
mal de tête, vertiges, vomissements : toute la panoplie de la déshydratation
l’on a beau être attentif, dans l’action ou les aléas de la route on oublie de se couvrir et de boire en abondance
pour me réhydrater, Marie me prépare une gourde d’eau sucrée et salée que je m’efforce de boire peu à peu, mais qui a pour effet de provoquer des vomissements violents
Sidi, le marabout qui nous accompagne et qui est aussi l’un de nos chauffeurs, s’approche alors de moi et me fait respirer les fumées d’une herbe mystérieuse posée sur un brandon ; quelques inhalations de ce remède chamanique et l’amélioration de mon état est notable ; elle sera malheureusement passagère

il me faudra supporter dans cet état les chaos du reg toute une journée sous la fournaise
arrivés au bivouac, tous s’inquiètent de mon état ; Atman, un autre de nos chauffeurs, par ailleurs aiguilleur du ciel de son état à l’aéroport de Tripoli, me fait manger un oignon cru dont il me tend de fines tranches qu’il me découpe patiemment ; il sait fort bien que l’oignon a la merveilleuse propriété de faire remonter la tension et m’encourage à mâcher lentement
Atman me réhydrate, Sidi me force à me nourrir, et je finis par sombrer dans un sommeil profond ; toute la nuit ils se relayeront pour veiller sur moi
j’entends comme dans un rêve les tambours et les chants qui animent l’obscurité jusqu’aux petites heures, et ne vois pas les visages des visiteurs de passage qui partagent leur joie sans moi autour du feu de camp


12/04/07

je suis éveillé non par le soleil mais par le chant des oiseaux et le bruissement des mouches
nous sommes à Oum el Maa, lac d’une eau salée parfaitement bleue, bordé de joncs et de palmiers, avec les dunes immenses pour tout horizon
je me lève, légèrement barbouillé et commence ma journée en mangeant avec application un oignon cru : à jeun, cela vous donne du tonus et prévient les vertiges
je m’aperçois que j’y prends goût ; les oignons d’ici sont une véritable friandise
je parviens ensuite à me nourrir correctement mais déambule encore en trébuchant

nous rendons visite aux touaregs installés au bord du lac
à l’ombre des palmiers règne une fraîcheur bien agréable
ils nous présentent leurs bijoux artisanaux, admirable travail de forge, de gravure, de sculpture, de joaillerie
l’on marchande, l’on se lie
avec les échanges, des contacts se nouent
certes, nous nous reverrons
l’an prochain à Agadez, peut-être

midi ; nous reprenons la route
ou plutôt la dune
montagne russe de sable chantant dans laquelle peinent les véhicules
il est temps de penser au retour
nous reprenons la direction du nord
pique nique à l’ombre des palmiers, puis, la route asphaltée jusqu’au bivouac du soir à la frontière des dunes
notre dernière nuit dans le sable rose


13/04/07

lever de bonne heure
repas de peu, rapide, laconique
les véhicules chargés, nous roulons jusqu’à Sebhah où nous arrivons pour l’heure du pique nique et où nous avons à prendre un avion pour Tripoli
pas de chance : une tempête de sable retarde notre avion au point de nous faire prendre trop de retard
il est décidé de remonter vers Tripoli en minibus : encore huit cents bornes de route, mais cette fois dans un confort moins éprouvant
nous arrivons sans encombre à Tripoli, juste pour l’heure du dîner dans un restaurant civilisé
la nuit à l’hôtel sera courte


14/04/07

lever à trois heures trente
départ pour l’aéroport à cinq heures
longue attente devant le guichet de l’enregistrement
patience, patience…
tax free shopping
l’avion
Bruxelles
et voilà
le désert n’est déjà plus qu’un souvenir
mais quel souvenir !
d’ailleurs, entre nous, je pense bien que quelque chose à changé au fond de chacun…
si, si, demandez-leur !

Michel Cliquet (2007)


si un tel voyage vous intéresse en tant que participant, vous pouvez obtenir tous les renseignements et conditions auprès de Marie Andersen : marandersen@hotmail.com

One thought on “Méharée pascale dans l’Ak Akuz

  1. Finalement, je n\’ai pas fait durer le plaisir bien longtemps … je n\’ai pas résisté à l\’envie de lire la suite de tes aventures … Comme si j\’y étais !!! J\’ai des coups de soleil, les pieds en sang, l\’estomac un peu patraque et plein d\’images merveilleuses !!! Merci !

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