le jardin sous les brumes

grincement familier de la grille
dans le petit matin brumeux
le jour dégrafe ses ourlets
chasse la nuit ensommeillée
et apprête les senteurs de l’aube
pour la ducasse des oiseaux 

au soir venu
dans la douceur feutrée des mousses
lorsque le merle se retire en ses quartiers silencieux
que la pivoine emmitouflée s’efface du banquet
je reviens au banc solitaire
éparpiller ma rêverie entre le chagrin des roses
et la tristesse du chemin

alors la lune
vestale de mes songes
pudiquement se voile
et pose l’artifice
d’un parfum d’étoile
sur le silence de la page

les nuits me sont comptées
mes jours leur seront linceul
et sur le boulingrin
où flânent les âmes mortes
plus un souffle ne dérange les oiseaux

je fus

en ce jardin
parmi les herbes endormies
un brin de vie
émerveillé

mais n’importe

aujourd’hui
en son frissonnement
que notre songe
de sépale et de pistil

je cède aux ronces
mon corps invisible déjà
ma parole sans voix
et ma main sans caresse

oh lumière du Levant
princesse de là-bas
je marchais au-devant de vos astres
paix du cœur toute neuve

le chemin que vous suiviez
pas à pas
inventait le mien
invitait aux flux
à la conquête
au dit du corps

j’y reconnaissais

dans les méandres
chaque courbe de vous

moi la barque
vous la rame
mes veines le fil de l’eau
et ma lèvre le sable
sous vos alizés

ma vie ne tenait qu’au fil
d’une mémoire
en vos limons celée

comme une quinte errance
en un désert sans trace
un pont
une liane
un filament ténu
ne menaient qu’à vous

à vos yeux il me livraient
à votre haleine
à votre feu

sans amertume ni regret
la trace de mes pas s’estompait

dans les éteules

ne demeurait en moi qu’une joie
celle d’être
indicible mais fort jusqu’au granit

j’étais devant vous
muet
immobile
impatient

reine…
que fîtes-vous de ma quête

derrière nos manteaux
s’éteignent en poussière nos pas
l’euphorie de la noce au loin déjà
dans le crépuscule

une vie me quittait
et s’en venait une autre
plus belle encore
plus ample et magnifique
plus proche du parfait

la caresse de l’aube
fil à fil délaçait la tissure de notre devenir
le libérant des lourdes gueuses du passé

sous son habit de pierre
le souvenir se rendait
au frémissement d’une larme

rencontre muette
tacite conviction

je gardais en mes yeux
vos yeux
lucioles d’une nuit sans aube

un feu terrible couvait sous le chaume
je le pressentais à votre haleine

il a suffi d’un souffle
d’un effleurement d’hirondelle
sur les eaux paisibles d’alors

nous n’en pouvions rester indemnes

je hissais votre nom
colombe
en artimon de ma frégate
pour voguer d’île en île
dans l’archipel du désir

la main que vous tendiez
m’était gouvernail

votre regard
constellation dans ma nuit

je me souviens de ce voyage
loin désiré

au point du jour
sur la proue de mon vaisseau
vous êtes apparue
sourire en oriflamme

la brise en chaque paume
un peu de sable sur la joue
la mer tout à l’entour
et le soleil entre vos cuisses

au chant de la sirène
ensemble nous larguâmes

les amarres du vieux monde

froissement du lin contre la hanche
égarement d’un souffle dans l’échancrure
bâillement d’un entre-plis
invitation à explorer les terres inconnues
à pénétrer les ombres…

étais-je hanneton sur votre peau si blanche
traçant mon écriture
vers les sommets de lumière
dont vous inventiez l’horizon

il y avait encore
diffuse en notre part obscure
la force de vouloir l’inaccessible
de gravir l’inatteignable

incréé
rêvé avant que d’être
je vous savais
ange du mont royal
que bise dévoilait
sous la pourpre du ciel

je vous disais
depuis toujours
je vous suivais
comme une trace d’ombre

et vous attendais
au ministère de l’alcôve

je marchais en vous
et ne le saviez
je chantais en vous

et ne m’entendiez
j’aimais en vous
et ne m’aimiez

mais en moi
je vous savais
vous entendais
et vous aimais

je hais les au-revoir
ô… combien
les quais où l’on s’agite au départ annoncé
lorsque l’on hisse à bout de bras
les faix du souvenir

alors que les mains se pressent
les lèvres s’appellent
les gorges se nouent
les regards se fouillent
les étreintes s’éternisent

et que tout ce qui doit être dit
ne peut l’être qu’en silence

ne pas gâter l’instant
se bâtir une mémoire forte
ne point poser la question incandescente
– l’autre
éprouve-t-il
le même déchirement –

sourire infini
tout l’amour du monde

puis… le néant
talons tournés
solitude glacée sous le soleil
vide
absence
vertige
désœuvrement

et dans l’étourdissement
cette vision du monde à rebâtir

oh… Sagesse
qu’avez vous fait de mon silence…

Michel Cliquet (2010)

2 thoughts on “le jardin sous les brumes

  1. Bonjour,
     
    Merci d\’être passé sur mon blog c\’est toujours agréable de voir que l\’on peut capter l\’attention de quelqu\’un. Blog très bien à lire. Bonne journée et bonne continuation

    J'aime

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