venez de noir voilée

au sortir de l’étreinte
ultime souffle sur la mer
en silence
partir 

au sortir de l’étreinte
sable entre les phalanges
ou lumière du crépuscule entre nos cils tremblants
en silence
partir

au sortir de l’étreinte
ermite au soir du renoncement
soleil au-delà des dunes
ou sur la plage vague posant son écume
en silence
partir

au sortir de l’étreinte
certitude après le dire
au point du jour lueur d’une flamme
voix de l’enfermé que l’on oublie
ou adieu du marin
en silence
partir

alors
au sortir de l’étreinte
dans le silence emporter
le don que me firent
dans la nuit
vos lèvres

par le sang et le feu
par l’horreur l’amertume
la haine et le dégoût
par la pitié de vivre
la honte d’être humain
de se tenir debout
et de sonder le ciel
Homme tu me déçois

qu’as-tu fait de ton frère…
qu’as-tu fait de l’amour…

tu sèmes douleur
tristesse
martyre
esprit de vengeance

est-ce bien là ta voie
est-ce là ta fierté
est-ce ainsi que tu pries
est-ce là le chemin
qui élève à ton dieu ?

qui n’est pas dans l’amour
porte la mort

préfèreras-tu
la guerre ou le pardon
le sang ou l’allégresse

le choix t’en appartient
sans rémission

que faites-vous, ignares
inconscients

ne voyez-vous,
sur vos esplanades aguerries,
votre âme qui s’égare,
votre sang qui s’écoule
en fleuve arrogant ?

la grande migration s’ébranle

haut dans le ciel
sous la coupe de l’ange
s’entrouvrent les nuées

vous la cavale
moi le chevalier
portons nos regards au delà de la mer
aux seins gonflés de vent
reins cambrés
hanches soyeuses
ils bercent nos désirs

les trompes océanes tour à tour appelant
les âmes des anciens toujours errantes
et celle vierge encor de l’enfant à venir
parviennent
assourdies
à nos consciences
déjà lointaines

nos mains tremblantes cherchent
dans la cendre des morts
une pièce pour Caron

vous de vos contrées
moi de mes abysses
sommes venus mêler nos chants
marier nos songes
joindre nos horizons

nos mains unies se lèveront
pour endiguer les marées
dominer les orages
maîtriser les vents

sur l’autel des sacrifices
pieusement
le ciel voilera
les épousailles
de nos lèvres scellées

dans la ronde
votre souffle
entraînera mon souffle
au delà des séjours attendus

et si le champ du jour ne nous offre l’asile
encore nous restera l’après de la nuit

je l’ai tant nommée qu’elle accourt

elle me rode
m’entourne
m’apprivoise
et répand sur ma peau son relent d’âcreté

tu peux venir
je te connais
obscur portail de l’errance

grande dame venez de noir voilée
un peu veillez à mon chevet

las serai vôtre cette nuit

dessous votre manteau
emportez mon ombre
à jamais au secret
des silences

là enfin
au mitant de votre alcôve
au champ de votre couche
nous serons
pour les siècles
dieux sans pardon

Michel Cliquet (2010)

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