le lys et la renarde

la renarde
s’en vient
en mon jardin désert
où l’aurore défroisse les brumes 

le lys
humblement y prospère
en brassées
en parterres  

sa fragrance
teinte de feu
mes saisons
désormais

et moi
jardinier patient
je m’agenouille en prière
sur l’argile de son nom

pacifiés
nos regards fleuriront
en brassées
en parterres

en l’éden
sera notre couche
à jamais tendue
de brocards et de pourpres

j’appelle ses frémissements
sa peau
ses senteurs
ses yeux avides

j’appelle ses gémissements
sa bouche
sa lèvre
sa main brûlante

j’appelle ses effleurements
son souffle dans mon cou
ses refus
ses envols

j’appelle ses palpitements
ses orages
ses impatiences
ses victoires

j’appelle ses effarements
ses audaces
ses aveux
ses interdits

j’appelle ses halètements
ses galops
ses abandons
sa dernière serrure

chercher
la renarde haletante
embraser
son souffle de paille

veiller
jusqu’aux aurores
la moirure du désir
au fond de son ciel

noce de braise
floraison lumineuse
au creuset
de son ventre

une cire laiteuse
pleure
sans bruit
sur la hampe de la nuit

ses mains
aux phanères de lys
embaument mon corps
à ses ramures abandonné

arbre de feu
dans la nuit
je m’adosse
à ton écorce vive

une porte se clôt
une fenêtre bâille
l’amour s’en est allé
comme il s’en vient encore

les scorpions se sont tus
devant une renarde
le ciel change de nom
pour celui d’une terre

car un jardin de lys
répète en ses échos
l’appel silencieux
du mot de délivrance

ma langue s’ensoleille
et moi néphélibate
me voici renaissant
à des rires nouveaux

au domaine du lac
où m’attendait la paix
les volets sont levés
de ma ténébrité

la lune y aura-t-elle
une pâleur plus douce
un parfum plus suave
un chant plus éternel…

mes mains seront flotille de caravelles
croisant sur l’océan de vos frissons
vers une Terre de Feu
vierge toujours de nos aurores

sur la montagne sacrée
j’offrirai un sang pur
qu’à jamais survienne enfin
la paix d’une ère annoncée

vous serez en cette mémoire
le souffle d’une renarde accablée
après le long cheminement
du monde ancien vers un autre à venir

par-dessus l’océan
et les brumes vaincues
le ciel résonnera
de clameurs victorieuses

sur le lit de Vénus
je taille votre mirage
dans le plus dur granit
des lunes blanches

paume sur le brasier posée
mes yeux dans le miroir des vôtres
nous serons l’attelage somptueux
du véhicule des dieux

j’aimais infiniment
votre main sur ma hanche
dans la pénombre propice
aux aveux silencieux

ce soir je fais le vœu
de vous rendre au centuple
la vibrance douce
de cet instant secret

il n’y aura pas de rancœur
de votre cœur au mien
car nous savons le feu
de la vaine douleur

et nos corps patients
clameront le plain chant
dont nous avons rêvé
les soirs de longue veille

bientôt nous serons deux
à mêler nos regards
et nos mains qui se cherchent
trouveront leur semblable

soyons patients ma douce
le ciel nous enveloppe
même s’il nous faut attendre
le jour de délivrance

nous sommes deux boutisses
d’un même parpaing de pierre
œuvrant aux fondations
d’une demeure de vie

je rends grâce aux nuées
d’avoir fait se croiser
sous l’étoile propice
nos routes esseulées

si fier de me trouver
au bout de vos regards
brin d’herbe abandonné
au souci de vos paumes

femme de douce aurore
fontaine d’Hispahan
au long de vos halages odorants
ma main vous cherchera

errante et solitaire
elle vous attendra
d’une patience de sable
comme pensée de braise

et cette braise
tendre et attentive
saura convaincre en silence
la suture des ans

Michel Cliquet (2010)

One thought on “le lys et la renarde

  1. Michel…
     
    Je suis passée visiter tes mots, pour me rendre compte à quel point je reconnais en eux cette même âme que j\’y avais perçue il y a probablement plus de deux ans de ça déjà.
     
    Je n\’irai pas plus loin dans ma lecture chez-toi aujourd\’hui, je désire laisser ces mots fraîchement lus trouver leur place en moi…
     
    Des mots trop empreints de force, de fougue, de sensualité, d\’amour et plus encore, pour les lire et assimiler à la légère…
     
    Je suis heureuse de te croiser à nouveau!
     
    À bientôt peut-être…
     
    Asaliha

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