‘il chevauchait l’aurore’

Aho

Voici devant nous l’aurore
délaissée par toutes les voix chéries de mes pères
jamais le Temps n’expire sur les immenses étendues
que peuplent mes enfants bien-aimés là-bas loin vers le nord
où m’ont laissé mourir mes frères à cheval et en armes 
non rien ne doit être regretté
tout sera enseignement pour les temps à venir
l’Esprit du Monde ne périra pas
malgré le mensonge et la destruction
malgré la haine et la cupidité
ô mère Nature
prends soin de mes enfants
Cheval Rouge aime son frère d’un grand amour
son sang et le sien sont de même couleur
ils furent mêlés dans la douleur et dans la joie
Cheval Rouge est mort pour la Vérité
dans une grande souffrance
et pour la Vérité il reviendra dans l’esprit de ses fils
la Vérité est immortelle
la Vérité est vie
la Vérité est juste

Aho

Sépare et tu uniras
unis et tu sépareras
la grande loi de gravitation rapproche les extrêmes
mais la loi d’expansion fait éclater
jusqu’au plus infime conglomérat
prenez un homme et une femme
séparés ils se désirent
réunis ils se fuient
où est l’Équilibre ?
où est l’Harmonie ?
nulle part sinon dans la globalité du monde
il n’appartient à l’homme ni d’unir ni de séparer
car chaque chose est dans tout
comme tout est dans chaque chose
et tout l’univers est entrelacé

Aho

Vois en toi
le délice inopérant
le délire
la soif invaincue
la suavité fanée à fleur d’iris
qu’y voir
sinon d’étranges dissonances entre les êtres
le mouvement perpétuel est bien une réalité
attirance et répulsion en affrontement constant
En se maintenant en équilibre dans l’instable
l’homme marche et se déplace sur les chemins
qu’il choisit de parcourir
celui de la chair
comme celui de l’esprit

Aho

Mes fils ne doutez plus
soyez certains de vos croyances
soyez forts
ayez la face tournée vers le Ciel
déposez le bagage ancien et marchez vers la Lumière
ne demeurez pas dans l’ignorance
ouvrez les yeux à la Vérité
Celui que vous attendez est devant vous qui s’avance
Les Temps de l’Équité sont proches
Homme vaillant sachez
que les enfants de vos enfants
ne connaîtront plus la terreur de votre monde
Cheval Rouge a planté le Tipi dans la plaine fertile
et l’Esprit du Monde a planté la Vérité
dans la vallée du regard de Cheval Rouge
sa descendance marche dans ses pas
elle qui le vit mourir entre mille braves
mais très bientôt elle s’en ira comme la fumée
dispersée par une main céleste aux quatre Vents du Ciel

Aho

L’Homme n’appartient pas à l’homme
non plus que la Terre ni la Vie
croire que l’on achète l’homme
la terre ou la vie
est vanité
le pouvoir de la possession n’est qu’illusion
car c’est l’homme qui appartient à la Vie
c’est l’homme qui appartient à la Terre
et il revient à l’homme d’honorer Celle qui l’a porté
avant de retourner dormir en Son sein
l’on ne peut acheter la Terre
car on ne pourrait acheter
ce que l’on n’emportera jamais
avec soi

Aho

la prairie étend ses brumes jusqu’à l’horizon
pour abriter le conciliabule des Esprits
Cheval Rouge y a planté son arbre solitaire
totem vivant de l’assemblée des sages
témoin sur la piste de silence
depuis le pays des vivants jusqu’au pays des morts

Aho

brillant l’éclat de la lumière qui jaillira de ton cœur
mon fils
tant que tu seras humble devant le soleil qui te chauffe

Aho

Mitakuye Oyasin

One thought on “‘il chevauchait l’aurore’

  1. Coucou, un donné pour un rendu (mathématique ça?).  Je me permets de soumettre deux courts textes d\’un poète chinois, tiré de "le vrai livre du pays du sud en fleurs".
     1 : "Un cheval universel – il a cela dans le sang. Il est comme hésitant, perdu, désintéressé. Cet animal-là laisse derrière lui terre et poussière et disparaît aux regards".
     2 : "La vie de l\’homme sur terre est vite passée comme le reflet d\’un cheval blanc, à travers une fente… Essaie de faire route avec moi jusqu\’au château du non-être, où tout est un".
    Voila, cela me semblauit aller en résonance.  Je les tire de "L\’absence", de Peter Handke ("prologue" et "épilogue", si je peux les nommer ainsi).  Si cela ne vous semble pas faire sens, d\’un point de vue poétique, n\’hésitez pas à supprimer ce commentaire, dans le cas contraire… Et un instant durant nous restâmes assis et simplement nous fîmes voir. (L\’absence, Handke, conclusion).

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